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Pologne : La pénurie produit des avantages sociaux

par François Gault, Varsovie - 05 Mai 2008

Les grandes migrations des Polonais vers les pays de l'Europe de l'Ouest (Grande-Bretagne, Irlande, Espagne etc...) ont commencé fin 2004 et elles se poursuivent. Les jeunes ont ont été les acteurs, en raison de leurs connaissances développées des langues et de leurs facultés à se déplacer. La demande d'emploi diminuant, ces grandes migrations ont permis de résorber en partie le chômage en Pologne : il est passé de 18% fin de 2005 à 11% fin 2007 (il tombe à 3% à Varsovie). Mais, ces même grandes migrations ont provoqué une pénurie de professionnels qualifiés, entraînant une crise nationale de main d'œuvre en Pologne. Sont particulièrement touchés : les secteurs du bâtiment, des métiers médicaux (infirmières et médecins) et des métiers de haute-technologie. TPSA, par exemple, L'entreprise de télécommunications polonaises qui comptaient 60 000 personnes au début des années 2000 en emploie 25.000 salariés. Après ses restructurations et un changement de l'offre de service, l'entreprise est confrontée à une importante pénurie de spécialistes hautement qualifiés. Chaque année, la société cherche à recruter environ 600 spécialistes et cadres dans les fonctions management, innovation et recherche. Jacek Kowalsk, Directeur du Département de Gestion des Compétences et de Formation des Employés, détaille la sitation.

-A vos yeux, cette pénurie est-elle vraiment inquiètante ?

Jacek Kowalski : Oui, elle l'est parce que le nombre de spécialistes hautement qualifiés est déjà limité sur le marché. Nous ressentons cette pénurie dans plusieurs branches de la high-tech. Nous avons chez TPSA, quelques centaines de postes, qui restent en parmanence non pourvus.

- Dans quels secteurs particuliers recherchez-vous des spécialistes ?

JK : Nous recherchons particulièrement des analystes programmeurs, des administrateurs de réseaux, des architectes en développement, des architectes fonctionnels, des ingénieurs du secteur Business to Business, des coordinateurs de la stratégie technologique de l'entreprise. Voila les points chauds de la pénurie aujourd'hui ! Vous savez, le marché de la haute technologie est très agressif : en Pologne, on embauche pour un certain temps, on perd, on recrute à nouveau, le mouvement est perpétuel. Le turn over existe car la concurrence est forte en permanence, mais nous avons accompli beaucoup d'efforts pour le maîtriser. Chez nous comme ailleurs, la concurrence s'emploie à débaucher les spécialistes qui représentent le maximum de valeur.

- Comment se manifeste ce mouvement ?

J.K : C'est simple à observer. Sur le marché actuellement, beaucoup d'entreprises high-tech se créent. Le secteur marche très fort. De grands Consortiums internationaux installent des écoles, à Lodz, à Lublin, dans des endroits, où, traditionnellement, on embauche beaucoup de gens. La seule solution pour constituer ou pour compléter des équipes, c'est de payer plus que ne peuvent le faire les concurrents. Actuellement, pour 2007 et 2008, par exemple, on trouve 6000 à 7000 offres d'emplois, proposées par une cinquantaine de grandes sociétés high-tech, des sociétés surtout étrangères. Le salaire de début est compris entre 1.100 et 2.200 euros.

- Que proposez-vous pour vous distinguer des autres entreprises ?

JK : D'un côté, offrir de bons salaires et des avantages sociaux, avec l'objectif prioritaire de fidéliser. Pour beaucoup, ce sont des valeurs importantes : un nouveau système basé sur la valorisation des postes, des indemnités pour les salariés qui veulent partir, un programme renforcé de retraites. De l'autre côté, nous investissons beaucoup et de façon permanente dans la formation. En soi, TPSA est un grand marché du travail. Et la taille de la société permet justement de se déplacer à l'intérieur de l'entreprise et d'y faire toute sa carrière. C'est un élément très apprècié de nos collaborateurs, c'est un « plus » supplémentaire pour fidéliser les salariés et pour leurs permettre de mieux gérer leur carrière !

Et demain, quelle évolution ?

JK : TPSA n'est pas sans défense. En réalité, nous devons toujours veiller à superposer deux processus. Le premier : compléter en permanence la formation de nos spécialistes, accroître leurs qualifications, ajouter à leurs capacités spécifiques. Le deuxième : assumer la diversification géographique - et nous y tenons beaucoup -, car nos clients se trouvent dans toutes les régions. Donc, nous devons être au plus près d'eux dans chaque endroit du pays ! A plus long terme, la tendance à la pénurie de spécialistes hautement qualifiés reste très préoccupante. Et l'alternative, c'est une forte formation au sein de l'entreprise».

Propos recueillis par François Gault

 

 

 

 

 

 
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