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Pologne: peut-on faire mieux que d'enregistrer les chômeurs ?

par Anna Kwiatkiewicz, Claude Emmanuel Triomphe - 04 Novembre 2009

Epargnée par la crise ? La Pologne, qui a vu partir nombre de ses travailleurs à l'Ouest et notamment au Royaume-Uni, doit faire face à une augmentation considérable du chômage qui touche plus de 11% de sa population active. Anna Kwiatkiewicz, directrice associée chez BPI Polska, nous décrit où en est le service public de l'emploi, ses moyens et les réformes qui doivent entrer en vigueur en janvier 2010.

 

Comment fonctionne le SPE polonais ?

 

Sous le nom de Publiczne Sluzby Zatrudnienia, la Pologne dispose d'un service public chargé à la fois de conduire au niveau national comme au niveau régional les politiques du marché du travail ainsi que les politiques de développement des ressources humaines, ces dernières étant pour l'instant assez théoriques. Ce SPE est financé par un Fonds du travail, alimenté à  90% par les cotisations des employeurs. La répartition des dépenses du Fonds est la suivante : 52% va à des programmes en direction des chômeurs, 35% à l'indemnisation, le reste étant éclaté entre des dépenses multiples mais faibles : activation du marché du travail, allocations d'intégration, fonctionnement du SPE etc. 

 

Le Fonds est géré par le ministère du travail au niveau national - et seulement à ce niveau. Ni les régions, ni les partenaires sociaux n'ont pour l'instant voix au chapitre. Enfin, le personnel du SPE est encore très en dessous de la moyenne européenne, un agent devant suivre 800 chômeurs (contre 300 en moyenne dans l'UE). Remarquez que ceci est néanmoins en progrès : en 2003, le ratio était de 2385 chômeurs par agent !

 

A quelle hauteur les chômeurs polonais sont-ils indemnisés ?

 

La règle générale c'est d'avoir travaillé un an pendant les 18 derniers mois. Le ministère fixe une indemnité de référence - environ 120 € mensuels - et les droits des chômeurs varient en fonction de leur ancienneté. Ainsi un chômeur qui a moins de 5 ans d'ancienneté touche 80% de cette indemnité mensuelle alors que ceux qui ont plus de 20 ans d'ancienneté peuvent toucher jusqu'à 120%.  L'indemnisation, qui dure entre 6 et 12 mois, peut varier en fonction des caractéristiques des personnes mais aussi des régions : dans les régions les plus dynamiques, où le taux de chômage est moindre, l'indemnisation est plus courte.

 

A la différence de certains pays voisins où les chômeurs ne sont pas incités à s'inscrire du fait des faibles avantages financiers et sociaux que cela leur procure, chez nous l'inscription donne droit aux assurances sociales et notamment à la prise en charge des soins. Les gens s'inscrivent et d'ailleurs doivent le faire, même hors toute indemnisation sous peine de perdre leurs droits sociaux. Ceci dit seuls 15% des chômeurs étaient indemnisés en 2008...

 

La crise a-t-elle changé quelque chose dans les moyens et les méthodes du SPE ?

 

Elle pose de nombreux problèmes. D'une part celle de l'intervention du SPE avant les licenciements : jusqu'à présent, il ne pouvait pas intervenir tant que les personnes étaient en emploi et refusait de soutenir les initiatives de gestion anticipée de restructurations comme par exemple la formation du personnel à de nouveaux métiers ou des opérations de reclassement. Plusieurs régions ont, avec les partenaires sociaux suscité des initiatives mais ont dû les abandonner car le Fonds du Travail ne pouvait pas financer jusqu'à présent d'autres actions que celles décidées au niveau central. Cette même réforme pose aussi le principe de dégressivité des indemnités : les personnes seront toujours indemnisées sur 9 mois mais cela baissera au bout de 3 mois.

 

En outre, les partenaires sociaux et les ONG seront associées à la définition des services rendus aux chômeurs, sachant que le marché du placement est, comme dans les autres pays européens, en cours de libéralisation. Les effets de ces réformes, qui parient sur une augmentation de l'efficacité du service public grâce à la compétition avec les prestataires privés et les ONG, ne sont pas encore palpables : le service, reste toujours faiblement doté en personnel et la priorité est celle de l'enregistrement. Sans compter le débat sur un groupe semble-t-il important de gens chômeurs qui continuent à être enregistrés et indemnisés tout en vivant - plutôt bien pour beaucoup d'entre eux - du travail au noir...

 

Propos recueillis par Claude Emmanuel Triomphe

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Anna Kwiatkiewicz, Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : service de l'emploi, Pologne

Notes de lecture :

Pologne. Indemnisation du chômage : le spectre de l'illégitimité  par Stéphane PORTET, Karolina SZTANDAR-SZTANDERSKA Chronique de l'IRES, N°115 - numéro spécial - novembre 2008.