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Quand des chômeurs cherchent une alternative au travail

par - 11 Juillet 2012

Au plat pays aussi, l'heure est à la rigueur. Pour faire face aux exigences européennes de réduction des déficits, le gouvernement belge d'Elio Di Rupo a décidé de revoir à la baisse certaines prestations sociales, tout en en durcissant les conditions d'accès. Au risque d'aggraver les effets d'une crise qui pèse déjà durement sur les conditions de vie des plus fragilisés. Mais certains d'entre eux s'organisent. À l'image de ces groupes de chômeurs qui entendent bien lutter contre la stigmatisation dont ils se sentent l'objet. Tout en proposant, au passage, une vision du « travail » qui dépasse les seules activités rémunérées.


volontariat

Lorsque le gouvernement « Di Rupo Ier » entre en fonction après une crise politique d'une ampleur sans précédent en Belgique, le soulagement n'est pas tout à fait unanime. C'est qu'il amène avec lui une rigueur qui avait jusque-là relativement épargné les habitants du Royaume de Belgique. Or, l'accord de gouvernement conclu entre les différents partis pour former la nouvelle coalition au pouvoir ne laisse que peu de doute quant à ses futures orientations budgétaires...


Parmi les principaux touchés par l'austérité qui s'annonce, les chômeurs figurent en bonne position. Cette situation découle autant d'une logique d'ajustement à court terme, que d'une volonté de remise en cause d'un système perçu comme étant « trop généreux » et favorisant « l'assistanat ». Depuis une vingtaine d'années, les chômeurs sont ainsi passés du statut de victimes à celui de coupables, dont il faut assurer « l'activation », « l'employabilité » et la « responsabilisation ».


Organiser la « riposte »
C'est dans ce contexte que des « groupes de défense » se mettent en place. À Liège et à Bruxelles, des centaines de personnes se réunissent dans un premier temps pour s'informer des nouvelles mesures et de leurs impacts éventuels. De ces rencontres naissent ensuite des envies d'action qui se traduiront rapidement par des initiatives concrètes.
Particulièrement actif, le groupe de Liège réunit près d'une dizaine de projets allant de l'organisation de manifestations à la tenue « d'espaces-rencontre » où il est possible de venir échanger ou chercher de l'aide. Mais le groupe cherche également à se doter de revendications concrètes qui lui permettraient de proposer un projet de société autre que celui dont ses membres se sentent victimes.


Repenser le travail
Serge est l'un des instigateurs du groupe liégeois (à sa demande, son prénom a été modifié). À 53 ans, il en est à sa quatrième expérience de chômage. Cette fois il la souhaite aussi longue que possible. Les débuts ont pourtant été difficiles. Lorsqu'il perd l'emploi qu'il exerçait depuis plus de 10 ans dans le secteur culturel, la chute est brutale. « Tu réalises alors à quel point ta vie, tes relations, ta reconnaissance sociale étaient liées à ta fonction. »


Mais petit à petit il se reconstruit. En-dehors du salariat. « Je ne pouvais plus envisager de m'insérer dans un projet qui n'est pas le mien. » Serge jette son dévolu sur l'écoconstruction. « L'envie de faire quelque chose de manuel et puis pourquoi pas de construire une maison pour mes vieux jours. » Après 6 mois de formation, il entame sa « renaissance ». Il multiplie les chantiers, « le tout gratuitement, au seul gré de mes forces, de mes limites, et puis de mes envies, d'un programme que je m'invente chaque jour ou presque. » Il découvre ainsi la richesse d'un travail volontaire impliquant échange et partage et dont la principale rémunération est la reconnaissance d'autrui. « C'est le chômage qui permet ça. C'est un laboratoire extraordinaire et un formidable créateur de richesses sociales. »


Toutefois l'État belge ne l'entend pas de cette oreille. Pour lui, Serge ne « travaille » pas. « Si ce que tu fais n'est pas rémunéré, si ça n'a pas un prix, ça n'a pas de valeur. » Jusqu'à présent Serge est parvenu à passer à travers les mailles du filet, notamment en fournissant la preuve qu'il recherche volontairement un improbable emploi. Mais avec des mesures comme la dégressivité des allocations de chômage sur la durée, sa vie actuelle est menacée. « Je peux continuer en étant payé, mais ça change complètement les rapports. »


Revenu garanti et travail convenable
D'où son engagement politique aux côtés d'autres chômeurs. Serge se bat notamment pour l'instauration d'un revenu garanti et pour la redéfinition de ce qu'est un « travail convenable ». « Quel travail vaudrait la peine que j'abandonne ce que je fais pour l'instant ? Et je ne parle pas seulement de salaire ou de kilométrage. » Pour lui, le critère écologique serait une bonne piste, dans sa triple dimension de rapport à la nature, au social et à l'individu. « En plus, l'idée de « travail convenable » pourrait offrir un champ de lutte commun avec les salariés. »


Car le discours de Serge reste difficilement audible dans un contexte de défense à tout prix de l'emploi. Qu'à cela ne tienne, pour lui c'est aux chômeurs d'ouvrir la voie. « Autrefois la caisse de chômage s'appelait bien « caisse de résistance ». Je veux renouer avec cette fonction originelle. Être modestement mais décemment payé pour expérimenter des modes de vie alternatifs et lutter pour qu'ils soient rendus possibles pour tous. » Les chômeurs à l'avant-garde d'un monde meilleur ? En tout cas certains, dont Serge, veulent y croire.

 
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A propos de cet article

Mots clés : travail, chômage, Belgique, Di Rupo, revenu garanti, Cédric Leterme