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Quand l'austérité roumaine débouche sur un nouveau printemps

par Clotilde de Gastines - 09 Février 2012

Après trois semaines de manifestations, le gouvernement d'Emil Boc a démissionné. Le président Traian Băsescu a demandé lundi 6 février au chef des services de renseignement Mihai Razvan Ungureanu, de former une nouvelle équipe. « La première priorité du nouveau gouvernement sera de rétablir graduellement le pouvoir d'achat des Roumains qui ont payé la facture des mesures de stabilisation macroéconomique » a déclaré le président dans une allocution.

 

printemps

Boc avait déjà plié sur certaines mesures d'austérité impopulaires. « Le gouvernement a suspendu la taxe sur les véhicules, propose une augmentation graduelle des salaires et des pensions et promet de reporter la libéralisation de l'électricité et du gaz (de 2015 à 2020), explique le sociologue Mircea Kivu dans le quotidien Romania Libera. C'est une tentative pour calmer les foules ».

 

Deux scénarios sont possibles selon Bogdan Hossu, président du syndicat Cartel Alfa. Soit des élections législatives anticipées dès le mois de mai, comme le demande l'opposition roumaine (mais qui n'a pas la majorité au parlement). Soit la mise en place d'une équipe d'experts, avec l'aval du Parlement, d'ici à 60 jours, pour faire tampon jusqu'au scrutin prévu en novembre... D'ici là, des élections locales se tiennent en mai, et seul le mandat présidentiel de Traian Basescu, que la presse surnomme « Putinescu » dure en principe jusqu'en 2014.

 

Pour un État plus démocratique
Les manifestations de plusieurs milliers de personnes ont commencé le 12 Janvier suite à la démission du sous-secrétaire d'État à la Santé, Raed Arafat qui s'opposait au projet de loi sur la santé. Cet homme charismatique et populaire, fondateur du service d'ambulances d'urgence (SMURD) a pris la tête de la contestation. Le 13 janvier, le président du pays, Traian Băsescu, a retiré le texte litigieux, mais les protestations ont continué.

 

« La privatisation du système de santé, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, raconte Bogdan Hossu. Elle a cristallisé les critiques sur un fonctionnement anti-démocratique, car la loi fondamentale sur la santé a été élaborée dans le petit laboratoire de gouvernement, mise en débat le 29 décembre, pendant quelques jours seulement ». Sur le fond, les revendications transcendent néanmoins le simple thème de la santé publique. Au 1er janvier, le président a annoncé « la fin de l'Europe sociale et la fin de l'Etat social » raconte Bogdan Hossu et une vague de privatisations dans l'énergie, l'éducation et même la police !

 

Les manifestants issus de la classe moyenne paupérisée ont brandi une longue liste de revendications et de doléances. Contre la corruption d'abord. La Roumanie est le troisième pays de l'Union européenne le plus touché, après la Grèce et la Bulgarie selon Transparency International. La condamnation de l'ancien premier ministre Adrian Nastase (2000 et 2004) à deux ans de prison ferme, le 30 janvier signale que la justice roumaine fonctionne.

 

 
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Auteur(s) : Clotilde de Gastines

Mots clés : crise, austérité, démocratie, Clotilde de Gastines