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Quand l'Europe s'appauvrit

par David Marquet - 20 Octobre 2015

Photo Mister G.C.Creative Commons

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Selon le dernier rapport de l'Oxfam, paru en septembre dernier, le niveau de pauvreté en Europe atteint des sommets inédits en 2015. Sur une population totale estimée à 742 millions, la frange la plus pauvre, 662 millions, ne parvient même pas au niveau de vie des 1% les plus riches. Et ce chiffre pourrait encore s'aggraver si les politiques publiques ne changent pas radicalement sur l'ensemble du continent.

 

L'Europe, un continent pauvre ? Cela paraît impossible. Malgré la situation de plus en plus précaire de la Grèce, c'est inimaginable pour la majorité des Européens. Et pourtant.
Le dernier rapport de l'Oxfam (pour Oxford Comittee for Famine relief, confédération internationale mobilisée contre la pauvreté) l'atteste. Daté du 9 septembre dernier, le document est accablant : 123 millions de personnes sont exposées à la pauvreté en Europe. Elle a atteint en 2015 son plus haut niveau sur le continent, et les chiffres pourraient encore augmenter. Selon le Crédit suisse, les 1% les plus riches de la population, soit 7 millions d'habitants, détiennent près d'un tiers des richesses, quand les 662 millions les plus pauvres ne parviennent même pas à ce pourcentage. Pour une population totale estimée à 742 millions.

Pour obtenir ce chiffre alarmant, Oxfam utilise l'indicateur AROPE (At Risk Of Poverty or social Exclusion) , calculant le seuil de pauvreté d'après les conditions spécifiques de niveau de vie de chaque pays. Selon trois critères : « risque de pauvreté, privation matérielle sévère et très faible densité de travail par ménage ». D'après l'organisation, la crise économique est loin d'être l'unique responsable. Les politiques publiques des états sont en la première cause. L'austérité imposée à l'Europe par ses gouvernements, loin d'être un remède, ne fait qu'amplifier ces inégalités.

 

Des recommandations pour les pouvoirs publics

Pour réduire ce seuil de pauvreté, Oxfam propose quatre recommandations : le renforcement de la démocratie institutionnelle, le ré-investissement dans les services publics, la garantie d'un travail et d'un salaire décent, et enfin la justice fiscale.
La démocratie ne peut fonctionner véritablement, d'après Oxfam, que si trois éléments sont réunis. Premièrement, il faut encourager les citoyens à s'investir plus largement dans les processus de « budgétisation et d'affectation des ressources ». Deuxièmement, il est impératif que les décisions politiques ne soient plus dépendantes des intérêts particuliers (ceux des grands groupes, entre autres), en établissant des « registres publics et obligatoires des lobbies, des règles plus strictes sur les conflits d'intérêt et une représentation équilibrée au sein des groupes d'experts ». Troisièmement, toutes les informations sur les « processus administratifs et budgétaires » doivent être rendues « publiques, gratuites, et facilement accessibles ».
Le rapport juge aussi indispensable de ré-investir dans les services publics, en garantissant une éducation et des soins gratuits et universels, et en créant « des systèmes de protection sociale qui répondent aux besoins des plus vulnérables, protègent les ménages à bas revenus ».

 

 

Un travail au salaire décent pour les femmes comme pour les hommes

D'autre part, Oxfam insiste pour les États procurent à leurs citoyens un travail et des salaires décents. En conseillant « la mise en œuvre d'un seuil de protection sociale ». Et d'en finir avec les inégalités salariales entre hommes et femmes, grâce à « des plans d'action pour lutter contre les inégalités entre les genres en matière d'indemnisation et d'ancienneté ».
Enfin, pour lutter contre la fraude fiscale, le rapport suggère d' « adopter un cadre de reporting complet sur la transparence pour les grandes entreprises dans toute l'Europe, de sorte que les organismes percepteurs veillent à ce qu'elles paient des impôts là où se déroulent les véritables activités économiques ». Oxfam souligne également que « le coût de la fraude et de l'évasion fiscale dans l'UE représenteraient un manque à gagner de 1000 milliards d'euros chaque année, une somme suffisante pour doubler les investissements totaux des pays de l'UE en matière de santé publique. »
Ces conseils seront-ils suivis par les dirigeants européens ? On peut en douter, à voir l'obstination avec laquelle l'austérité semble à tous la seule issue. Mais puisque ces politiques mettent à mal 99 % de la population du continent, il serait peut-être pertinent de prendre en compte ces recommandations. Sans quoi l'Europe pourrait bien devenir un nouveau Tiers-Monde.

 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : David Marquet

Mots clés : David Marquet, rapport Oxfam, seuil de pauvreté, affectation des ressources, densité de travail, niveau de vie, austérité, politiques publiques, privation matérielle.