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Que dire ? Que faire ?

par Claude Emmanuel Triomphe - 04 Juin 2014

Cet - couleur

Les scores aux dernières européennes, du FN en France, de l'UKIP au Royaume Uni, de la NVA en Flandres, du Parti du peuple au Danemark sans parler du Jobbik hongrois, des « vrais Finlandais » et autres étaient attendus. Ils ont été hélas confirmés. Absence de projet et de vision, discrédit des élites politiques, économiques ou sociales, construction européenne à la dérive, peur et rejet de l'autre, corruption endémique et j'en passe : à Metis, nous n'avons cessé d'alerter sur ces signaux qui se sont multipliés puis ont fini par se cristalliser autour d'une offre politique délétère mais qu'il serait fou de traiter à la légère. Et l'affliction, pas plus que des manifestations contre le FN ou autres vaines dénonciations ne sauraient tenir lieu de ripostes appropriées. 

 

Certains sont tentés de relativiser : au niveau européen, ces partis, divisés, ne pèseront guère et les pouvoirs restreints du Parlement européen constituent une limite objective à leur influence. En outre, pour ce qui concerne le FN et certains de ses homologues, la progression en voix n'est pas au rendez-vous et son score est largement dû à l'abstention des « autres ». Enfin, au niveau national, les Parlements comme l'immense majorité des collectivités publiques restent gouvernés par des forces « raisonnables ». L'arrivée au pouvoir de l'extrême droite n'est donc pas pour demain. Et pourtant...

 

Tout change si nous prenons la peine de nous projeter dans le temps. Car les idées d'aujourd'hui font les projets, les politiques et les actions de demain. Or c'est justement là que le bât blesse. Les analyses faites autour de la montée des populismes ressortent de deux grandes catégories: la droite privilégie la montée des insécurités physiques, et la gauche celles des insécurités économiques. Ces schémas sont insuffisants et contre productifs. Ils négligent d'autres types d'insécurités comme celles qui ont trait à la remise en cause des modes de vie et d'être ensemble. Cette réflexion est aujourd'hui balbutiante alors que le FN lui s'en est saisi. Pour ce qui concerne la gauche, ce sont ses grilles de lecture et d'action marquées d'un côté par un économisme persistant et de l'autre par un modèle culturel axé sur la non discrimination et l'ouverture à la globalisation qui conduisent largement à son incapacité à comprendre et à agir. Or, tout et de loin ne relève pas du renversement de la courbe du chômage ! 

 

Nous plaidions dans le dernier édito pour une Europe qui irait à nouveau de l'avant, pour un projet novateur, pour une démocratie élargie.... Or les pouvoirs en place semblent privilégier plus que jamais le repli, le court terme, quand ce n'est pas l'autisme ou le déni. Alors que le chantier de la reconstruction - d'une compétitivité soutenable, d'un projet de société, d'un contrat social, d'un créer et d'un vivre ensemble - est plus urgent que jamais, nous en sommes déjà à discutailler sur qui de Juncker, Barnier ou autres présidera la future Commission sans jamais avancer les trois ou quatre idées centrales qui constitueraient les axes de son futur mandat. Idées qui se doivent d'être « parlantes » - eh oui le FN sait parler aux gens et notamment aux plus modestes ! - autant que porteuses de progrès et d'espoir pour les Européens.

 

Il est peut-être trop tard pour que celles et ceux qui gouvernent aujourd'hui apportent des réponses à la hauteur de ces défis. Mais il n‘est pas trop tard pour vous et nous. Il n'est pas trop tard pour toutes celles et ceux - ils sont nombreux ! - qui n'abdiquent pas et qui sont prêts à s'engager dans des actions, des fabriques à idées et à projets susceptibles de donner à l'avenir une autre couleur que le noir et une « common decency » qui nous transcende. L'Europe fourmille d'initiatives innovantes, généreuses et ce dans de multiples domaines. Les générations les plus jeunes sont sans doute plus ouvertes à des constructions à la fois audacieuses et transnationales que leurs aînés qui certes en parlent mais les craignent au moins tout autant. Celles et ceux qui sauront bâtir avec eux et fédérer ces énergies détiendront une bonne part de la réponse à la manière de faire face aux impasses et aux dangers du présent. Metis est prêt à s'associer à toute initiative qui irait dans ce sens et vous invite non pas à l'affliction mais à l'action.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : élections européennes, insécurité culturelle, UKIP, NVA, FN, Jobbik, vrais Finlandais, réactions, corruption

 
 

Réactions

  • 12/06/2014 10:40

    par France Joubert

    Réaction après le 25mai La place prise par le Front National c’est la place enlevée, ou laissée, par la société civile ! La place prise par le Front National c’est la place enlevée à la société civile….et ce n’est pas terminé si, par exemple en France, le découpage des nouveaux territoires n’intègre pas plus de débats et de participation des citoyens. La faillite des partis politiques n’est pas la faillite de la politique ! Mais la politique doit être certainement trop sérieuse pour être confiée aux seuls politiques. Ainsi, il ne faut plus se le cacher, nous avons, nous les citoyens à prendre la responsabilité et relever le défi. Nous sommes « individualistes » en période de guerre économique et de recomposition, d’influence, territoriale mondiale. Soit les responsables élus peuvent donner un sens au social et nous impliquer dans le collectif…soit c’est à nous de le faire. Dans cette perspective l’indignation et la résistance, ne sont plus suffisantes et même contre productive comme porteuse de bonne conscience. Comment ? Le comment est dans ce que révèle le vote. Les analyses faites renvoient aux mêmes protagonistes qui expliquent ce qu’ils auraient du faire, pour les perdants, tandis que les gagnants ne parlent que d’eux-mêmes ! Il va être question de la France quand il faudra parler de l’Europe et de Bruxelles quand il faudra parler de la France. Où le programme de l’un devient le programme de l’autre et vice versa suivant qu’il est ou n’est pas au pouvoir. Nous perdons sur tous les fronts. C’est le degré zéro de la politique. Comment : et si le Dire c’était le Faire ? Sauvons l’Europe forum Poitou-Charentes demande régulièrement que les porteurs de projets européens, les opérateurs soient réunis au moins une fois par an. Que le fait de construire l’Europe devienne une réalité, parce que ceux qui savent c’est ceux qui font. Une communauté d’Européen en Région se dégagerait. Une dynamique pourrait s’instaurer et des soutiens, le FSE ce n’est pas facile, pourrait s’organiser. Les difficultés que nous avons rencontrées pour faire exister la Maison de l’Europe en Vienne, ont montré que chacun voulait s’approprier un bout d’Europe. Faire vivre un outil collectif serait un signe fort qui permettrait des partages, des échanges et surtout de faire la vérité sur qui fait quoi. Nous devons nous impliquer dans les réponses à la satisfaction de nos besoins essentiels, dans la satisfaction des droits fondamentaux. Energie, Transport, Alimentation, Logement, des exemples de plus en plus nombreux montrent des citoyens engagés dans des solidarités nouvelles. Economie circulaire, monnaies locale, emploi partagé, progressivement ce mettent en place des espaces de dialogue, de reconstruction… Mais comme le disait Gandhi : « on entend le Chêne que l’on abat mais pas la forêt qui pousse ». Aux élus et à l’administration d’en faire l’inventaire, de les évaluer et de les développer. C’est en participant à l’accès aux droits fondamentaux pour soi et pour tous que nous retrouverons le chemin du bien commun. Ici et en Europe, pour une place dans le monde, dont nous ne sommes plus le centre. Le global a besoin du local. Ce n’est plus une « lutte pour les autres » ou « je veux votre bien ».Nous sommes tous concernés, pour nous-mêmes et pour les autres. L’Europe est un objectif qui nous transcende et c’est ce qui nous transcende qui nous fait exister ! France Joubert

  • 05/06/2014 09:26

    par Frank Vermeulen

    Assimiler la NVA au FN ou autres partis mentionnés dans votre article, c'est faire preuve d'une méconnaissance totale de la politique en Belgique! À moins que ce ne soit un signe de plus de l'horreur des français d'envisager le (con)fédéralisme, seul régime que la France n'a jamais essayé. À long terme, c'est pourtant la seule voie viable pour une Europe forte. PS. Le groupe des libéraux (ALDE) - Guy Verhoftadt en tête, envisagent une alliance avec le NVA qui est une parti fédéraliste et n'a rien à voir avec le FN!