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Réformes sociales : mais où va t-on ?

par Claude Emmanuel Triomphe - 17 Septembre 2008

Triomphe article

Quelqu'un peut-il nous dire où en est la France dans ses réformes sociales ? En matière de santé, ce qui est sûr c'est qu'on est en plein dans le payer plus. Le débat sur le financement du revenu de solidarité active bat son plein (et vous aurez remarqué que tout se focalise sur le "plus de taxes" sans qu'on sache clairement en quoi consistera le RSA).

L'été a vu déboucher la négociation interprofessionnelle sur le stress - on a enfin réussi à se mettre d'accord sur ce que les partenaires sociaux européens avaient réussi à faire dès 2004 ! - mais pas de chance, celle sur pénibilité est plantée ! Devraient démarrer les négociations sur l'assurance chômage et sur la formation professionnelle et ça ne devrait pas être des parties de plaisir. Parlons mieux vivre si vous le voulez bien : après avoir introduit des mesures pour dissuader les fabricants de vendre des produits trop sucrés ou trop gras pour la santé, la fiscalité plus écologique pourrait entrer en vigueur. Sans oublier ce qui est tombé depuis le début de l'été. La loi de modernisation du marché du travail est entrée en vigueur. Celle sur la représentativité aussi - en août pour celles et ceux qui ne l'auraient pas vu passer - et ce, sans délai. Je ne parle même pas du dernier avatar de la « sortie des 35 heures », avec le chamboulement des règles qui touchent notamment aux contingents d'heures supplémentaires et au fameux forfait -jour...

Tout bouge, ou plutôt tout s'agite. Mais il est bien tôt pour parler de changement. Regardez ce qui se passe du côté des heures supplémentaires. Travaille-t-on plus ? Gagne-t-on plus ? C'est tout sauf évident. Ce qui est certain, c'est que de nombreuses primes - voire ce qui était payé de la main à la main - sont désormais inscrites, blanchies. Mais de là à gagner plus... Y a-t-il désormais dans ce pays, un employeur, un salarié qui sache ce qu'il en est des règles sur le temps de travail ou sur les heures sup ? S'il existe, décernez lui vite un prix. Même l'inspection du travail a renoncé. Quant à aller chatouiller les cadres sur leurs forfaits-jours, c'est le grand silence des DRH : le premier qui bouge est mort.

Les repères, les garanties s'effritent

La présidence française de l'Union s'annonçait modeste en matière sociale (vous vous souvenez « le social est national »). Il va falloir attendre novembre pour faire le compte de ce qui a avancé sur l'immigration, l'intérim, le temps de travail ou les CE européens mais de toute façon les résultats seront minces. Et pas seulement parce que l‘Irlande et la Géorgie sont passées par là.

D'une certaine manière, la France vit dans une sorte de « bordel social ». Les repères, les garanties s'effritent. On déconstruit sans reconstruire. Qu'est ce que le social ? Nous ne le savons plus vraiment. La protection sociale de base, les retraites, la maladie, le chômage sont en crise sans pour autant que les risques nouveaux - la dépendance, l'exclusion, la déqualification - soient mieux assurés. Et ce n'est pas ce qui se passe chez nos voisins anglais et allemands qui va nous consoler. La social-démocratie rhénane n'a plus grand-chose à dire alors que le Nouveau Labour résiste bien mal à la crise. Bref, la solidarité marque le pas, dans le pays mais aussi entre les peuples. Le chacun pour soi et les corporatismes priment, dans nos sociétés comme dans les entreprises. La météo des semaines, voire des mois à venir est décidément bien maussade, vous ne trouvez pas ?

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : réformes sociales, sarkozy, pouvoir d'achat, santé, RSA, négociations,

 
 

Réactions

  • 19/09/2008 10:36

    par Un chercheur contraint à l'anonymat pour pouvoir continuer à accéder aux terrains de recherche qui sont les siens

    Ma contribution n'est pas sur le fond de l'édito de C.-E. T. mais sur un groupe de mots péjorants : "le corporatisme prime". Quels sont les raisonnements sous-jacents à cette stigmatisation du "corporatisme" ? Sans remonter aux intuitions de Durkheim, je renvoie notamment aux travaux de Segrestin (Le phénomène corporatiste, 1984) et plus récents de Steve Kaplan et Ph. Minard (2004)qui permettent de dire que ce corporatisme si décrié a bien des fonctions positives en tant qu'il joue un rôle de corps intermédiaires ayant un rôle identitaire et de protection sociale. Ce corporatisme n'est certes pas sans défaut, du fait notamment de sa difficulté à accéder à une vision de l'universel, mais une des questions essentielles est de se demander ce qui se passe pour les salariés lorsqu'ils se désintègre ? On ne peut non plus ignorer que cette stigmatisation est rarement désintéressée. Qu'on observe ce qui se passe à la SNCF où la condamnation du corporatisme est un de moyens imaginé pour dépecer un monopole historique et en donner de bons morceaux au privé. Et quelle profession, y compris celle des inspecteurs du travail qui ont, c'est vrai, bien à se plaindre de la manière dont ils sont traités depuis le milieu des années '80, ne cherche-t-elle pas à maintenir ses droits et ses avantages (ou ce qu'il en reste) ? Le corporatiste, c'est comme l'idéologue "c'est toujours l'autre".

  • 18/09/2008 11:24

    par Emmanuel POIRIER

    Merci Claude Emmanuel pour ce triste résumé de notre situation sociale. Toutefois,s'il vous plait, n'encouragez pas notre belle jeunesse à devenir maussade...A nous, acteurs sociaux expérimentés, de leur proposer des pistes de réflexions pour qu'ils puissent redécouvrir un rapport au travail digne et la protection sociale qui doit l'accompagner. Je vous l'accorde, le chemin est ardu mais des outils d'information et d'éducation comme le vôtre doivent rester positifs en nous laissant un peu d'espoir pour l'avenir