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Roumanie : émigrer est un style de vie

par Gabriela Predosanu, Cristina Mocanu et Ana Zamfir - 17 Avril 2009

La migration des travailleurs, qu'elle soit temporaire ou circulatoire, est devenue ces dernières années une composante importante de la vie des Roumains et en Roumanie. Gabriela Predosanu, Cristina Mocanu et Ana Zamfir du National Research Institute for Labour & Social Protection.

Malheureusement, les données statistiques, autant pour l'émigration que pour l'immigration du travail sont incomplètes et peu fiables sinon depuis 2005, depuis que l'ampleur du phénomène a attiré l'attention des autorités publiques.

 

La Roumanie accueille des migrants venus de l'Est. Les seules informations disponibles concernent le phénomène légal et ce quelques centaines de travailleurs sous contrat dans la construction, l'industrie textile, l'aide à domicile et la restauration. La dimension réelle est toutefois légèrement plus importante. Après une enquête réalisée au sein de 600 entreprises, il s'avère que l'appel à la main d'oeuvre étrangère n'est pas encore légion malgré le manque de main d'œuvre locale dû à l'émigration. Seul 7% des entreprises se prononcent en faveur de cette idée, et 13% en faveur de Roumains émigrants de retour. (Le marché du travail en Roumanie et l'immigration, 2007, Fondation Soros Roumanie).

 

Les flux de travailleurs roumains émigrés est beaucoup mieux connu. Selon EUROSTAT, plus d'un million de personnes travaillaient dans les pays de l'Union Européenne en 2007. Ils se répartissent en majorité dans les pays latins : Espagne (52,7%) et Italie (29,1%). 

 

Et si on considère que la population totale enregistrée en 2007 (1er juillet), dans l'Annuaire Statistique Roumain, était de 21.537.563 personnes, le million de travailleurs migrants représentait 4,6%. Si les données sont discutables, on ne peut douter que le phénomène des migrations du travail s'est intensifié ces dernières années. Ainsi, entre 2005 et 2007, le nombre des Roumains qui ont émigré et travaillaient dans d'autres pays de l'Union Européenne a pratiquement doublé.

 

Le nombre de Roumains en âge de travailler dans les pays de l'UE (en milliers)

 

2005

2006

2007

Total

502

880

1052

dont en :

Espagne

336

445

555

Italie

n.d.

273

306

Allemagne

63

46

64

Source: calculs utilisant les données EUROSTAT

L'Office Roumain de la Migration de la Main d'Oeuvre estimait qu'en 2007 2 millions de roumains travaillaient à l'étranger, dont la grande majorité étaient en Espagne et Italie. 

 

A ces estimations officielles, s'ajoutent aussi les estimations faites à base des enquêtes ad hoc des ménages (voire les estimations réalisées par Dumitru Sandu, en 2007, dans Habiter Temporairement à L'Etranger. La Migration économique des roumains: 1990-2006, Fondation pour une Société Ouverte) et qui estiment que plus d'un tiers des foyers (2,5 millions) ont eu au moins un membre qui a émigré pour l'emploi. Au niveau individuel, la proportion des personnes âgées entre 18 et 59 ans qui ont travaillé à l'étranger, après 1989, est de 12%.

 

L'étude met en évidence l'existence de trois étapes distinctes de l'émigration du travail des Roumains :

  1. une première étape, entre 1990 et 1995 se caractérise par un taux d'émigration d'approximativement 3‰ habitants et les pays de destination ont été Israël, la Turquie, l'Italie, l'Allemagne et la Hongrie ;
  2. la deuxième étape, entre 1996 et 2001, est caractérisée par un taux d'émigration de 7‰ habitants ayant pour  destination l'Espagne, les Etats Unis, Canada ;
  3. la dernière étape, entre 2001 et 2006, quand le taux d'émigration est monté à 28‰ habitants. Les pays de destination les plus importants, cette fois, sont Italie (40%), Espagne (18%), Allemagne (5%) et Hongrie (5%). Après 2001, avec les possibilités de voyage à l'étranger sans visa, l'émigration pour le travail des Roumains dans l'espace Schengen est devenue un style de vie.

 

Les transferts d'argent par les Roumains émigrés travaillant à l'étranger vers leurs familles sont mal connus. Ces "remittances" sont basées sur les enregistrements du compte courant de la balance des paiements. De fait, les données officielles amènent à la sous-estimation du phénomène. Des études de la Banque Mondiale ont estimé la proportion des ‘remittances' à 5,5% du PIB roumain en 2006, ces transferts de l'extérieur devenant ainsi la deuxième source de financement externe de la Roumanie, après les investissements étrangers directs. La communauté scientifique roumaine a commencé à étudier ces transferts, leur montant et leur utilisation (ex : A. Delcea, Remittances and International Migration. Romania in the Context of the European Union, Ed.Paralela, Pitesti, 2007).

 

Les niveaux de salaires bas et le manque l'emploi sont les causes les plus importantes de l'émigration. En effet, les émigrants du milieu urbain déclarent qu'ils sont à la recherche de meilleurs salaires et conditions de travail, tandis que les émigrants du rural sont poussés par les faibles opportunités d'emploi. De fait, les travailleurs migrants quittent en Roumanie une positon marginale sur le marché du travail (comme : travailleur journalier, temporaire, saisonnier, chômeur, etc.) et reviennent dans des mêmes positions vulnérables.

 

A présent la question primordiale est de savoir dans quelle mesure la crise économique va provoquer le retour des travailleurs migrants.

Les études ont montré que normalement les émigrants, indifféremment des changements économiques, ont des intentions de retour assez réduites. Ils continuent de chercher dans les pays de destination d'autres opportunités d'emploi, même si elles sont précaires.

Les migrants qui ne réussissent pas à trouver d'emploi sont en principe ceux qui ont des bas niveaux d'éducation et de qualification. Les émigrants hautement qualifiés ne sont pas influencés dans leurs décisions de retour par les évolutions économiques.

 

La Roumanie reste enfin un pays avec une économie plus vulnérable face à la crise, par comparaison aux pays « traditionnellement » de destination pour les émigrants roumains au travail. Il est donc probable que les émigrants, quelque soit leur niveau de qualification, vont chercher à exploiter toutes les opportunités d'emploi dans les pays de destination, plutôt que de revenir sur un marché très vulnérable aux chocs exogènes, comme la crise financière et économique mondiale.

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Gabriela Predosanu, Cristina Mocanu et Ana Zamfir

Mots clés : migration, travail, main d'oeuvre

 
 

Réactions

  • 18/04/2009 14:14

    par Béatrice ROMET

    Bonjour, Je travaille actuellement sur un projet européen lié à la RSE et à l'intégration des personnes éloignées du marché du travail, en particulier les jeunes peu qualifiés issus de l'immigration. Un regard particulier sera porté sur les Roumains et les Roms. A ce titre, je serais très intéressée à recevoir un document plus complet sur le thème traité ci-dessus. Est-ce possible ? Vous remerciant par avance pour votre réponse. Bien cordialement