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Royaume-Uni : les écoles entre autonomie, évaluations et privatisation

par Celia Dignan, Claude Emmanuel Triomphe - 02 Mars 2011

Alors que la Grande-Bretagne vient de refuser les objectifs de l'UE en matière d'éducation, le syndicat national des enseignants britanniques (National Union of Teachers) dénonce la logique de privatisation du système scolaire britannique qui impose son vocabulaire et ses méthodes gestionnaires. Celia Dignan dirige le département éducation, égalité et développement professionnel, elle est spécialisée sur les questions de privatisation, administration et réformes éducatives. Entretien

 

Quelles ont été les principales réformes du système éducatif britannique ces dernières années ?

Brochure ATL

Les réformes les plus récentes sont l'Education Bill et l'Academies Act. L'Education Bill a été discuté fin janvier à la Chambre des Communes. L'Academies Act 2010 (inspiré de la réforme suédoise) permet aux écoles publiques de devenir des académies avec davantage d'autonomie. Elles peuvent fixer les salaires de leurs professeurs, élaborer un programme différent du programme national, des horaires et des rythmes scolaires variés. Ces académies sont indépendantes des collectivités locales, elles dépendent du gouvernement central et du ministère de l'Éducation qui les finance en partie. Elles peuvent recevoir des fonds privés d'universités, d'entreprises, de particuliers ou d'organismes philanthropiques. (Les types de contribution sont détaillés dans une brochure de l'ATL, syndicat des professionnels de l'éducation).

 

Le gouvernement suppose que toute nouvelle école sera une académie (ou école libre) sans prendre en considération les souhaits de la collectivité. Il a l'intention de mettre en route ce programme coûteux et inutile dont les résultats ne sont pas avérés, ce qui va provoquer la décomposition de toute prestation éducative cohérente. D'autres débats portent sur l'importance donnée aux évaluations et aux contrôles dans nos écoles. Les relevés de performance scolaire (school league table) mettent une pression injustifiée sur les écoles, les obligeant à préparer des tests dans une série de matières pour conserver leur place dans le classement. Cela a un impact très préjudiciable sur un programme large et équilibré.

 

Pour les professeurs britanniques, qu'est-ce qui a changé dans leur travail quotidien ces dernières années ? Quels sont les défis, les difficultés ?

Le gouvernement a mené un nombre incroyable de réformes éducatives ces dernières années. C'est dans ce contexte de changement sans fin que la question de la charge de travail est devenue une préoccupation majeure au sein du corps enseignant. La culture des longues heures et de la bureaucratie fait que les professeurs se sentent débordés. Des initiatives incessantes en sont responsable : un programme surchargé et directif, la série d'enjeux élevés des évaluations de programme à côté des pressions de performance et des inspections de l'Oftsed (Office for Standards in Education, Children's Services and Skills).

 

Faire confiance aux professeurs et les libérer de la corvée quotidienne des objectifs, évaluations et inspections qui changent aussi souvent que le temps, pourrait assurer que les professeurs passent davantage de temps à ce qu'ils font le mieux : apporter une expérience stimulante et enrichissante à tous nos jeunes, leur assurant le succès et l'intérêt en classe et en dehors.

 

Dans de nombreux pays, les élèves quittent l'école à 16 ans sans diplôme. Quelle est la situation du décrochage scolaire au Royaume-Uni ?

Le gouvernement de coalition a proposé d'augmenter les frais d'inscription en faculté. De ce fait, des générations de jeunes n'auront pas accès à l'université parce qu'eux-mêmes ou leurs parents ne pourront supporter le poids d'une dette. L'allocation au maintien dans l'éducation (Educational Maintenance Allowance) qui était destinée à de nombreux jeunes de plus de 16 ans dont les familles avaient des revenus trop faibles pour qu'ils puissent continuer leur cursus a été abolie. Cette décision aura un grand impact sur la capacité à poursuivre des études.

 

Le programme d'austérité concerne-t-il directement l'éducation ? Quelles sont les actions que mène votre syndicat ?

De nombreuses écoles souffrent déjà de problèmes de financement. Les pressions financières vont se renforcer vu que le nombre d'élève va augmenter de 350 000 sur les 4 prochaines années. Le financement des écoles en Angleterre et au pays de Galles va diminuer en réalité : en Angleterre 60% des élèves du primaire, 87% de ceux du secondaire vont en pâtir d'après une étude indépendante.

 

C'est la cerise sur le gâteau, après l'annonce en début d'année de la fin de l'initiative de rénovation et de reconstruction d'écoles (Building Schools for the Future) sur lequel comptaient plus de 700 écoles. Des coupes sauvages dans les budgets des collectivités locales vont affecter les services scolaires et les emplois des professeurs. Les autorités locales ne vont plus fournir les mêmes services et les faire payer plus cher. Le NUT va continuer à faire campagne avec les travailleurs des autres services publics pour arrêter les coupes budgétaires. Une grande mobilisation est prévue le 26 mars.

 

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Celia Dignan, Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : Academies Act, Education Bill, Celia Dignan, service public, évaluation,