0

Salaire minimum, le modèle suédois

par Claude Emmanuel Triomphe - 01 Novembre 2006

Mats Essemyr est responsable national au sein du syndicat suédois TCO (confédération des « cols blancs »)

 

Que signifie en Suède la notion de salaire minimum ?

M.E. La notion de salaire minimum n’existe pas dans notre système social et quand nous l‘entendons, nous pensons immédiatement à un système fixé par la législation comme cela se pratique dans un certain nombre de pays en Europe. Chez nous le concept usuel est celui de salaire de démarrage, c’est-à-dire du salaire qui est payé quand on commence à travailler. Etablir ce niveau est crucial car c’est à partir de là que l’on va pouvoir discuter les augmentations futures. Ce salaire de démarrage est habituellement discuté au niveau sectoriel par les seuls syndicats et organisations d’employeurs. Et le débat est âpre, notamment ces temps ci, car nous exigeons que ces salaires de démarrage soient revus à la hausse alors que les employeurs voudraient qu’ils baissent, arguant du fait que cela pourrait permettre de créer plus d’emplois. Notre système de négociation collective, couvre environ 90% du marché du travail, ce qui laisse théoriquement 10% de l’économie sans règle, notamment sur les salaires. Mais de fait, la majorité des employeurs non affiliés appliquent volontairement les dispositions des accords collectifs salariaux. Même les intérimaires sont couverts par une convention collective spécifique, qui inclut la notion de salaires de démarrage. Le système marche jusqu’à présent assez bien au niveau national. Lorsqu’il y a des plaintes, elles sont traitées au niveau local par les syndicats.

 

Les migrations, notamment en provenance des pays baltes, et plus largement la globalisation ne menacent-elle pas votre système ?

M.E Il y a une choses essentielle pour nous : la question des salaires ne doit dépendre que des partenaires sociaux et non pas des acteurs politiques. Nous nous sentons assez forts avec les organisations d’employeurs pour maintenir ce système. Il existe bien sûr une montée du travail illégal, mais elle n’est pas aussi massive qu’en Allemagne. L’affaire Laval, du nom de cette entreprise lettonne de construction qui prétendait faire travailler ses salariés en Suède à des niveaux de rémunération non déterminés collectivement, a fait beaucoup de bruit. Mais la jurisprudence suédoise, déjà ancienne en la matière, est très claire : nos tribunaux autorisent les syndicats à lancer des actions contre les entreprises étrangères qui ne respectent pas nos conventions collectives. Après cet incident, nous avons même trouvé un accord avec les organisations d’employeurs au terme duquel, toute compagnie étrangère est considérée comme adhérente temporaire aux organisations patronales suédoises et se voit par là-même obligée d’appliquer nos conventions. Mais évidemment nous sommes dans l’attente de ce que va dire la Cour de justice européenne sur la conformité des obligations suédoises vis-à-vis des traités européens. Il n’est pas impossible qu’elle stipule que nos dispositions sont non conformes. Il nous faudra rechercher alors d’autres arrangements institutionnels. Mais notre système reste aujourd’hui défendu autant par les employeurs que par les syndicats.

 

La perspective d’introduire un salaire minimum à l’échelle européenne vous intéresse-t-elle ?

M.E : Je le répète: nous sommes a priori contre le fait de donner aux pouvoirs politiques de telles compétences. Cela revient à leur laisser la capacité de déterminer le niveau acceptable de pauvreté or ce n’est pas leur rôle. Les salaires, les conditions de travail relèvent de nos prérogatives à nous partenaires sociaux et c’est ce qui fait notre force. Si nous laissons d’autres s’en occuper, que deviendra notre mission ? Si nous étions forcés de changer de conception, notre syndicat pourrait aller jusqu’à demander à notre gouvernement de quitter l’Union ! Quant à l’idée d’une négociation européenne sur les salaires, nous sommes pour le moment très réservés. Cela quelque soit la forme : qu’il s’agisse de déterminer des minima salariaux dans une entreprise multinationale, car donner des pouvoirs de négociation à un comité d’entreprise européen signifierait pour nous un alignement des salaires par le bas, ou bien, que la CES ou les fédérations sectorielles soient mandatées pour négocier. Nous ne sommes pas prêts à cela. Je sens bien que c’est une vue à court terme, mais c’est la nôtre et elle est partagée par tous les responsables syndicaux en Suède. Mais, il est évident que si la pression due à la globalisation continue de se renforcer, il faudra rechercher d’autres solutions, sans doute au niveau européen

 

Propos recueillis par Claude-Emmanuel Triomphe

 
haut de page

A propos de cet article

Auteur(s) : Claude Emmanuel Triomphe

Mots clés : Claude Emmanuel Triomphe, Mats Essemyr, TCO, salaire minimum, syndicat, employeur, patron, accord collectif, convention collective, migration, cour de justice, partenaires sociaux, globalisation