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Tous candidats du travail !

par Danielle Kaisergruber - 15 Janvier 2017

danielle kaisergruber

Nous voilà, en France, pourvus de candidats dans la perspective de l'élection présidentielle qui se déclarent tous candidats du travail et/ou des travailleurs. On ne va pas s'en plaindre ! On ne peut que se féliciter du déplacement du débat vers les sujets sociaux et économiques : l'avenir et la qualité du travail, la protection sociale, la place du travail dans la société. Du côté de la gauche comme du côté de la droite. Il y a ceux qui veulent nous faire travailler plus pour gagner pareil, ceux qui veulent revenir à la formule « travailler plus pour gagner plus » en défiscalisant les heures supplémentaires, ceux qui veulent instaurer un revenu universel ou un revenu décent avec ou sans travail, avec ou sans conditions de ressources.


Mais on n'entend pas beaucoup parler du « travailler mieux », dans des organisations du travail plus responsabilisantes, dans des environnements de travail plus sympathiques, avec des hiérarchies de compétence et moins de petits chefs (qui généralement se croient grands). Et pourtant toutes les études montrent que la France est l'un des pays où les entreprises, et aussi les administrations, font le moins confiance aux salariés (voir dans Metis : « Dialogue social : sortir du formalisme ! » par Martin Richer - 02 Janvier 2017). Bien sûr c'est un chantier qui dépend des entreprises, mais le discours des politiques compte.


A l'exception d'un candidat hors primaires, on n'entend pas beaucoup parler du côté de la droite et des représentants des entreprises de la protection sociale des indépendants, des auto-entrepreneurs qui cotisent et obtiennent des droits, du nécessaire rapprochement des différents régimes de sécurité sociale. Et pourtant on parle beaucoup de la Sécurité sociale, mais de manière essentiellement « comptable » !


C'est que peu de ces « Messieurs-candidats » commencent seulement d'être sensibles aux nouvelles manières de travailler et aux nouvelles formes d'emploi, parfois subies, mais aussi parfois choisies. Certains ont encore les pieds dans la France gaulliste du plein-emploi (qu'est-ce que cela veut dire ?) ou dans le socialisme ancien qui s'est construit sur le salariat classique et la feuille de paye.


Et pourtant le revenu universel peut être, si ce n'est une mesure miracle, du moins une bonne entrée pour poser quelques-unes des questions essentielles d'aujourd'hui : la lutte contre la pauvreté (voir le dernier congrès de la FNARS), contre les inégalités sociales et de destin, l'avenir de nos systèmes de protection sociale, la valorisation des activités dites peu qualifiées et si indispensables à notre vie quotidienne. Metis y a consacré deux dossiers à l'été 2016 et vient de les publier, pour une fois sous forme « papier » !


C'est que, au-delà du revenu et de l'emploi, le travail ne se réduit pas à l'échange entre un offreur et un demandeur sur un marché, pourtant toujours qualifié par la notion construite et artificielle de « marché du travail »... Le travail de la terre le montre bien : il a partie liée avec la propriété, celle de la terre qui échappe de plus en plus aux agriculteurs eux-mêmes, comme dans un autre secteur, la voiture des chauffeurs de taxi et autres conducteurs. Il a partie liée avec les systèmes de protection sociale (Assurance-Maladie, retraite, allocations familiales, assurance-chômage...) puisque leur financement et leur conception reposent sur les salaires. Ce sont ces articulations que les candidats doivent « travailler », plutôt que de sortir telle ou telle mesure comme on pose des cartes sur une table de jeu. Mais il est bien que ces sujets soient sur le devant de la scène et fassent débat, car ils sont au cœur des modèles de société que nous pouvons souhaiter.


Le travail a partie liée avec l'utilité sociale comme en témoigne le nombre considérable de bénévoles en France et ailleurs. Il est le revers de la médaille de la consommation, il devient de plus en plus notre activité numérique quotidienne. Et donc ne peut être réduit au « travail professionnel donnant lieu à rémunération » (voir dans Metis : « Le consommateur, voilà l'ennemi ! » par Denis Maillard, à propos de Pierre-Yves Gomez - 11 Décembre 2016).


En somme, le travail est toujours plus que le travail. Au niveau de la vie de chacun comme au niveau de la société. Il est bien temps de le redécouvrir.

 

 

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Metis vient de publier une brochure format papier Le revenu universel : idées et expérimentations en France et dans le monde. Vous pouvez la commander au prix de 12€. Metis, c/o Astrees, 10 rue Saint-Nicolas, 75012 Paris.

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Danielle Kaisergruber

Mots clés : Candidats, Primaires, travail, France, organisations du travail, travailler mieux, dialogue social, revenu universel, travailler la terre, Danielle Kaisergruber

 
 

Réactions

  • 31/01/2017 10:08

    par DANIEL JAECKLE

    5578 "Et pourtant le revenu universel peut être, si ce n'est une mesure miracle, du moins une bonne entrée pour poser quelques-unes des questions essentielles d'aujourd'hui". Non je suis convaincu du contraire. C'est une proposition qui contracte et atrophie les débats nécessaires sur le futur souhaitable. Il s'appuie sur un socle de postulats et de prospective qu'il est indispensable de mettre sérieusement en débat. C'est une solution en forme de slogan qui élude la nécessité de construire des dynamiques pour nous forger d'autres avenirs. Ainsi la nature et les conditions socio-économiques d'un "nouveau plein emploi" passent à la trappe et le débat public est dévoré par la problématique du financement d'un objet obscur dont les contours sont aussi mouvants que la définition qu'en donne ses multiples promoteurs. Et le travail n'est pas le "revers de la médaille de la médaille de la consommation" il est parallèlement l'objet et le fruit des activités humaines et de leurs échanges. "Certains ont encore les pieds dans la France gaulliste du plein-emploi (qu'est-ce que cela veut dire ?) ou dans le socialisme ancien qui s'est construit sur le salariat classique et la feuille de paye" Et j'espère que METIS aura à cœur de corriger rapidement la violence, la condescendance et la "gratuité" de cette formule même s'il n'y a rien d'indigne dans la " France gaulliste du plein-emploi" (cf préambule de 1946) Daniel Jaeckle

  • 18/01/2017 13:30

    par Alain MOUSSAT

    Tout à fait d'accord avec cet article qui vaut aussi pour le secteur public ou, malgré la LOLF, la RTT, les nouvelles technologies, etc. et j'en passe, on ne se pose pas la question du "comment travailler" au profit de considérations purement comptables : au niveau des services, rendre des postes chaque année, au niveau politique "moins x centaines de milliers de fonctionnaires", sans se poser jamais la question de savoir si on ne peux travailler autrement, mieux, plus rapidement et efficacement, avec un meilleur service, en collaboratif, la transparence nécessaire, et, oui, bien sur, dans de meilleures conditions... Quel archaïsme ! qui montre hélas que la question, comme tant d'autres, est aussi, avant tout culturelle ... Qu'ont donc dans leur tête nos "élites", politiques ou managériales ? ... A la veille de mon départ en retraite (en prolongation d'activité jusqu'à 67 ans et deux mois !), je ne peux me satisfaire de cette stagnation intellectuelle ... Merci à METIS de nous permettre de lire et de réfléchir intelligemment.