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Travail : au coeur de la ville globale

par - 06 Novembre 2012

Développement économique rime souvent avec urbanisation. Ce phénomène peut prendre des formes très variées selon les époques. Pour la sociologue Saskia Sassen, la mondialisation est le théâtre de l'émergence de villes d'un genre nouveau : les « villes-globales ».

 

ville globale

Le concept de « ville-globale » est apparu pour la première fois dans un livre qu'elle lui a consacré en 1991 : The Global City : New York, London, Tokyo (réédité en 2001). L'émergence de ces villes-globales est intimement liée, pour Saskia Sassen, au processus de mondialisation dont elles seraient un des aspects-clés. Cette spécificité justifierait le recours à une appellation originale plutôt qu'à celle, plus ancienne, de « ville-monde ». En effet, ces dernières relèvent d'un processus de concentration de richesses et de pouvoir dont la capitale d'empire offre l'aboutissement typique.

 

La ville-globale, elle, résulte plutôt de la double dynamique de « dispersion/concentration » propre à la mondialisation. À l'hypermobilité du capital correspond une nécessaire (re)centralisation des services (de plus en plus complexes) qui permettent d'en assurer la gestion. Loin de constituer une surface « lisse », l'économie mondiale est ainsi animée d'une multitude de circuits au sein desquels les villes-globales représentent autant de nœuds. Leur importance se mesurerait à leur inscription dans une multiplicité de réseaux (économiques, financiers, culturels) mondiaux, sachant toutefois qu'aucune ville ne peut participer de tous les réseaux à la fois.

 

Une relation plus complémentaire que concurrentielle

Ce dernier point rejoint un second trait caractéristique des villes-globales selon Saskia Sassen : leur complémentarité. Pour la sociologue anglo-néerlandaise, la ville-globale idéale n'existe pas. Certes, on assiste à une homogénéisation architecturale, comptable ou managériale des grandes villes, mais elles restent marquées par une histoire qui leur est spécifique et qui leur permet de remplir des fonctions tout aussi spécifiques au sein de l'économie mondiale. C'est ainsi qu'une entreprise souhaitant se mondialiser dans le secteur de l'acier ira à Chicago plutôt qu'à New York, tandis que Paris concentre la plupart des connaissances liées à la gestion mondiale de l'eau. Dès lors, l'idée que les relations interurbaines sont avant tout régies par la concurrence mérite d'être sérieusement nuancée.

 

Par ailleurs, loin d'être purement économique, le phénomène de la ville-globale concentre également toute les ambigüités politiques, sociales ou identitaires de la mondialisation. « Si l'on considère que les villes globales concentrent les secteurs dominants du capital global mais aussi une partie grandissante de populations défavorisées - les immigrants, les femmes en situation précaire, les « personnes de couleur » (people of color), et, dans les mégapoles des pays en développement, les habitants de bidonvilles - il devient évident que ces villes sont un lieu stratégique pour toute une série de conflits et de contradictions. » 

 

Selon le MasterCard Worldwide Centers of Commerce Index de 2008 (une vaste enquête portant sur 75 villes classées selon plus de 60 indicateurs différents), Mumbai et Sao Polo apparaissent dans les 20 premières villes du monde en termes de services financiers, mais leur agrégat total chute lorsqu'on y inclut la qualité de vie... À l'inverse, la grande proportion de villes européennes présentes dans le classement final s'explique en grande partie par le faible niveau d'inégalités qui règne sur le continent. Mais au-delà des débats entourant la meilleure façon de classer les villes-globales, c'est surtout la portée sociologique de l'urbanisation croissante de phénomènes aussi divers que la citoyenneté, l'immigration ou encore la criminalité qui intéresse Saskia Sassen, dans un contexte de mondialisation qui redessine la carte des territoires, mais aussi les relations que ces derniers entretiennent entre eux.

 
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A propos de cet article

Mots clés : ville globale, Saskia Sassen, mondialisation, bureau, concentration