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UIMM... Hypocrisies patronales !

par Henri Vacquin - 30 Août 2012

Denis Gautier-Sauvagnac, ancien patron de l'Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM) et neuf autres personnes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel dans l'enquête sur des retraits suspects de fonds. L'occasion de rééditer cet article d'Henri Vacquin paru en mars 2008.

 

H Vacquin

Je ne sais pas bien ce que des comptes « non certifiés » laissent comme latitude légale aux dirigeants des syndicats, qu’ils soient patronaux ou salariés. L’affaire de l’UIMM permettra peut-être aux citoyens lambdas dans mon genre, censés ne rien ignorer de la loi, d’être mieux éclairés. Puisse la justice en passant faire œuvre pédagogique. Cela dit, les cris d’orfraie du moment autour de l’UIMM et surtout ceux qui émanent des milieux patronaux ont un goût quelque peu nauséeux. 

 

Il est difficile de croire les patronats, lorsqu’ils prétendent ignorer des us et coutumes qui sont des secrets de Polichinelle bien au-delà de la seule métallurgie. Seuls les montants des sommes concernées peuvent surprendre, sauf le secteur bancaire et apparemment les instances de contrôle du blanchiment. Ces dernières semblent bien - dit-on - avoir alerté Bercy dès la fin des années 90, sans que l’on juge bon de creuser plus avant le sujet. Comment regarder cette non-intervention des pouvoirs publics sinon comme une complicité, voire une tolérance excessive poussant à la faute les délinquants. Même si l’on veut faire croire que c’est Denis Gautier-Sauvagnac (DGS, pour les intimes) qui aurait inventé ces pratiques à l’UIMM, ce dont je doute, cela ferait 15 ans de complicités bancaires et politiques, ce qui, du fait des alternances, pourrait concerner tout le monde.


Si la justice passe en balayant bien dans tous les recoins, à l’UIMM comme ailleurs, il serait difficile pour consoler l’opinion de se limiter à ne lui livrer que 2 ou 3 boucs émissaires. C’est effectivement tout un système qui est en cause.

 

Ce qu’il en coûte de se croire toute puissante

Quand DGS a été embauché à l’UIMM, qui va croire qu’il n’a pas eu un cahier des charges, sinon écrit, du moins explicite de la gestion de la fluidité sociale ? Preuve en est de l’UIMM prenant en charge les éventuels risques fiscaux qu’encoure son ex-président. Ce qui n’a rien d’illégal, pas plus d’ailleurs que le parachute négocié avec DGS pour sa mise à la retraite. Ce qu’en retiendra l’opinion, après bien d’autres parachutes dorés beaucoup plus importants, c’est que tout cela, bien que très légal, est très, très injuste, ce qui ne renforce en rien la crédibilité de nos institutions, lesquelles ne se portent pas beaucoup mieux en Europe.


Ce que pourrait retenir l’UIMM, du fait du rôle dominant et structurant qu’elle a toujours joué dans les rapports sociaux bien au-delà de son périmètre, c’est ce qu’il en coûte de se croire toute puissante. Acrimonie suscitée chez ses collègues patronaux, comme vulnérabilité à se donner des limites appropriées aux évolutions de l’air du temps. Ces deux aspects ne sont sûrement pas indifférents à ce qu’on lui tolérait jusque là et qu’on a cessé de tolérer dans les banques et à Bercy. Il fallait au moins cela pour vulnérabiliser l’UIMM. Bien évidemment, le scandale peut difficilement ne pas susciter un réflexe de « Madame Propre » de la présidente du Medef, pour sauver une image patronale qui en a grand besoin. On négocie aujourd’hui sur la représentativité syndicale, comment les patronats pourraient-ils faire l’économie de la leur ?

Règlement de compte ou négociation ?

Reste à savoir si, dans cette bataille entre Madame Parisot et l’UIMM, le nécessaire assainissement patronal proviendra d’un règlement de compte ou d’un débat de fond sur les divergences de vue entre la politique que voudrait Madame Parisot et celle que porterait l’UIMM. Par exemple, en matière de représentativité syndicale, on prête à la présidente du Medef d’être favorable aux accords majoritaires, ça n’est un secret pour personne que l’UIMM n’en veut pas. Mener l’assainissement patronal sur le fond de la politique, aurait une tout autre tenue. Après tout, 100 négociateurs aguerris n’ont jamais besoin pour être dans la ligne que de se voir dotés d’un cahier des charges clair. A supposer que vraiment rien ne soit possible en la matière entre la présidente du Medef et le président de l’UIMM, il ne resterait plus qu’une bataille frontale dont personne ne sait bien où elle mènerait. Nous avons besoin autant d’un patronat que d’un syndicalisme qui soit à la mesure de la « mutacrise » de notre société. Puissent nos interlocuteurs patronaux en présence savoir privilégier la négociation plutôt que le conflit.

 

 
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A propos de cet article

Auteur(s) : Henri Vacquin

Mots clés : Henri Vacquin, gouvernance, mamagement, UIMM, Medef, Laurence Parisot, syndicalisme, patronat, organisation patronale, accord majoritaire,