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USA : la chasse aux syndicats n'est pas toujours politiquement payante

par Laurène Fauconnier - 23 Janvier 2012

C'est une histoire de démocratie à l'américaine qui se joue en ce moment et aura bien des conséquences politiques et sociales. Le 17 janvier, une pétition de plus d'un million de signataires a été déposée auprès de la Commission électorale de l'Etat du Wisconsin. Elle demande la révocation du gouverneur Scott Walker et la convocation de nouvelles élections. Pour des raisons d'ordre judiciaire ? En aucun cas : pour une chasse aux syndicats. C'est la plus importante procédure de démocratie directe que les Etats-Unis aient connue.

 

recall

L'histoire commence en novembre 2010, quand Scott Walker, républicain, est élu gouverneur du Wisconsin, Etat du Middle West traditionnellement démocrate. Il est un représentant typique de la droite extrême américaine, d'un conservatisme strict sur les questions de société, avortement, contraception ..., résolument hostile aux interventions de l'Etat, qu'il soit fédéral ou local, ennemi des syndicats et adepte d'un capitalisme ultralibéral. Bref, un républicain comme il y en a beaucoup aujourd'hui outre-Atlantique. L'Etat du Wisconsin est en déficit, la campagne électorale s'est jouée sur cette question. Dès son élection, Scott Walker engage une politique d'austérité drastique : diminution des crédits alloués à l'éducation et à la santé, diminution des aides aux familles à bas revenus, augmentation des cotisations sociales des bas salaires. Il fait aussi voter un refus des aides fédérales et des réductions massives d'impôts aux entreprises et aux plus hauts revenus. Une loi « anti syndicats » est annoncée. La contestation s'empare alors du Wisconsin. Trois sénateurs républicains modérés et tous les sénateurs démocrates tentent de retarder le vote.

 

En mars 2011, le gouverneur parvient à faire voter une loi qui interdit aux syndicats du secteur public de négocier les conditions de travail et autres avantages sociaux. Seul le droit de négocier les salaires est maintenu, à condition que les augmentations n'excèdent pas le taux d'inflation. Cette loi s'attaque aussi à la représentativité des syndicats et dans le même temps diminue pensions et couvertures sociales des fonctionnaires. Une douche froide qui va cristalliser les mécontentements car cette loi est considérée comme une atteinte grave à la démocratie.

Les manifestations vont se succéder durant toute l'année 2011. Stephanie Bloomingdale, secrétaire pour le Wisconsin de la fédération syndicale AFL-CIO, la plus importante organisation syndicale américaine, demande le départ du gouverneur. Citoyens, militants du parti démocrate, syndicalistes vont lancer la procédure très rarement utilisée de « recall elections », destinée à obtenir la révocation du gouverneur et de nouvelles élections.

 

Une législation du Wisconsin, qui existe dans 13 autres Etats, permet en effet de révoquer les élus de l'Etat en cours de mandat, dès lors qu'une pétition recueille un nombre de signataires au moins égal à 25% des voix obtenues par l'élu incriminé. Lorsque la révocation est acquise, les électeurs sont appelés à un nouveau scrutin. Cette procédure de démocratie directe vise à renforcer le contrôle des élus. On considère en effet que ceux-ci doivent répondre de leurs actes devant les citoyens pendant toute la durée de leur mandat. La procédure ne repose pas sur une présomption d'illégalité des actes qu'aurait pu commettre l'élu, l'incompétence suffit.

 

En octobre, l'Institut du Futur du Wisconsin* publie un rapport sur les mesures prises par le gouverneur, «  The cost of extremism ». Il estime à 18 000 le nombre d'emplois perdus pendant ces premiers mois de gouvernorat Walker. Jack Norman, directeur de recherche à l'Institut, déclare : « En temps de crise, le pire que puisse faire un gouverneur est de comprimer l'économie en étouffant la consommation. Le gouverneur Walker a retiré de l'économie des sommes gigantesques par ses coupes budgétaires, ses agressions envers les travailleurs et l'alourdissement des impôts sur les bas salaires. Cela réduit la consommation, les salariés perdent leurs emplois et les collectivités locales enregistrent moins de revenus ». Les organisations syndicales et la presse relaient ce rapport.

 

Le 15 novembre 2011, la procédure de recall elections est donc officiellement lancée. Un rassemblement massif est organisé devant le capitole du Wisconsin, point d'orgue d'une année de manifestations. Au cours de cette seule journée, 30 000 signatures sont recueillies sur les 540 000 qui doivent être déposées avant le 17 janvier 2011. Le défi est relevé, près de 1,2 million de signatures sont obtenues. Des pétitions similaires sont constituées à l'encontre de quatre sénateurs et du sous-gouverneur. Toutes ces pétitions sont actuellement examinées par le Government Accountability Board afin de déterminer leur validité et probablement de convoquer de nouvelles élections.

 

Scott Walker, qui se fait peu d'illusions sur l'issue de la procédure, a déclaré qu'il se représenterait. Ces élections pourraient intervenir avant l'été, un véritable test avant les élections présidentielles de novembre. Un test également pour les élus républicains et les candidats aux primaires républicaines qui ont fait de l'« union bashing », le dénigrement et l'attaque des syndicats, un axe politique majeur.
La chasse aux syndicats pourrait être moins payante que prévu.


*The Institute for Wisconsin's Future (IWF) is a nonprofit, nonpartisan statewide organization dedicated to tax policy research, community organizing and education policy.

Le rapport "The cost of extremism"

 

 
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Auteur(s) : Laurène Fauconnier

Mots clés : syndicat, négociation, démocratie, élections, Wisconsin, Laurène Fauconnier

 
 

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