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La suite du Corona Journal : au fil des jours, télétravail hyperactif, engagement et bureaucratie, confinement et liens à distance, vus de Marseille.

Marseille confinement

Maman et Mammon

Lundi 6. Ouf. Avec maman on a échappé au pire et depuis ce matin je respire. J’ai pu la joindre. Le moral est remonté, la parole retrouvée. Ce soir ou demain, l’hôpital devrait la relâcher. Mais auparavant un scanner et peut-être même un test. Peur de la nouvelle peste dans la capitale du grand Est ?  Veinarde va ! Là vous vous dites peut-être que ce Victor il exagère, qu’il ne respecte pas sa mère. N’ayez crainte. Je suis passé par là et même bien plus que ça. Et je sais que dans la panade, rien ne vaut une galéjade.

Après les événements made in maman, j’ai pas trop envie de bosser, faut bien l’avouer. J’ai pourtant un audio programmé, à préparer et animer. Me remettre dans le bain. Me repasser le dernier webinaire. Ça tombe bien. A 11h tout le monde est là. Certains en ont gros sur la patate. La faute au ministère. Et de son message de vendredi qu’ils ont encore de travers. Près de 250 organismes, France entière, attendraient encore leur feu vert. C’est pourtant Paris qui a instauré un contrôle a priori. Et quand eux font le job, qu’ils demandent  des précisions, des infos, qu’on ne leur répond pas et que de ce fait ils ne valident pas, à quoi croyez-vous qu’ils ont droit ? Des félicitations ? Non, une admonestation. Diriger par le mépris. Sans jamais dire merci. Voilà bien notre administration.

L’après-midi, nos vidéos s’emmêlent les pinceaux. On revient à l’audio. La  participation citoyenne est au menu des discussions. Depuis mes engagements étudiants le sujet me suit, m‘habite et quasi jamais ne me quitte. Pas très en vogue en Sarkozie ni beaucoup plus en Hollandie, il est revenu en Macronie. Ah les Gilles & Jones ! Des politiques publiques plus démocratiques, moins monarchiques ? C’est l’appel lancé par la direction de la transformation publique. Depuis Paris, Bercy. Peur de se faire avoir mais, malgré tout, envie d’y croire. Autour de la table, des services de la Métropole. Des agitatrices. Des assos, de travailleurs sociaux.  Créatifs et, ça va de soi, participatifs. Comment faire en sorte que les acteurs administratifs et tous ceux avec qui ils opèrent modifient leurs pratiques ? Prennent en compte habitants, citoyens, usagers dans la conduite de l’action publique ? Pas une participation bidon, genre questionnaires à la con ou enquêtes de satisfaction. Il nous reste un gros mois pour creuser nos idées, avancer, les coucher sur papier. Intégrer aussi l’énorme élan de citoyenneté que le virus a réveillé. A cultiver, ne pas laisser retomber. En faire une arme contre la pauvreté.  Rendre aux plus pauvres leur dignité. S’inspirer de ce que font depuis longtemps Emmaüs et ATD. Pourvu que le délai du 30 avril soit repoussé.

Aujourd’hui, ça s’écharpe et ça s’échappe côté WhatsApp. Trop de vidéos vues et revues. Messages. Brouillage. Carnage. Rappel à l’ordre salutaire et communautaire. Quant à moi, je laisse faire. J’ai décidé de me taire.

Fais dodo cola mon petit frère. Chaque soir à 20h, le carillon des Accoules fait sonner les berceuses de nos mères. Et accompagne alors les mains qui clapissent, les sirènes qui mugissent.  21 jours déjà que sans faiblir les voisins applaudissent.

Ce soir Maman est rentrée. Elle se serait bien passée de cette sortie AIT. Plus que l’hôpital ce sont les jours d’avant qui l’ont beaucoup stressée. Ce n’est pas d’elle qu’elle s’inquiétait ! Mais de ses enfants, pourtant bien grands. A Paris, à Mexico, à New York ou ailleurs, elle continue à s’en faire. Je la gronde gentiment. Peine perdue. Pas plus hier qu’aujourd’hui, elle n’a envie qu’on se penche sur ses petits ennuis. Et préfère s’intéresser à autrui. Ah nos mères ! Les vôtres, la mienne. Parisienne et avec le temps même si elle s’en défend, alsacienne.  Si, si, yoh, yoh ! Un peu juive aussi mais, grâce aux nazis, baptisée puis convertie.  Prof d’anglais au lycée puis à la fac. Elle y rencontre mon père et … tac ! L’affaire est dans le sac. Sept enfants et d’ici peu 91 ans ! Enseigner l’a passionnée. Anciens élèves ou étudiants beaucoup lui en sont encore reconnaissants. L’arrêtent et la saluent samedi sur le marché. Mais au-delà de son métier, c’est surtout de l’amour qu’elle a donné. Sans jamais le compter, encore moins le mesurer. A ses enfants et petits-enfants, bien que parfois maladroitement. Et à une multitude dont elle partage joies, brisures et inquiétudes.  Ce soir d’ailleurs, en voulant se coucher, elle a trouvé moyen de tomber. Sans appeler mon frère, de peur de déranger. Douleur et plaie le jour d’après. Pense un peu plus à toi maman s’il te plaît. Si ce n’est en avril du moins en mai !

Mardi 7. Parmi les appels et les mails du jour, un message un peu exceptionnel. D’une asso du Pays de Grasse au référent de Nice. Le président l’a saisi et je suis en copie. Pas pour se plaindre mais pour nous dire merci. Enthousiasme pour la réserve civique. Joie d’avoir trouvé des bénévoles et une sacrée dynamique. Chauffeurs, livreurs, monteurs, ils n’ont malheureusement plus rien à faire. Retrouver une utilité, faire preuve d’un peu de solidarité : ils s’activent à répartir et distribuer des produits de première nécessité. Nous les encourageons à continuer. Mais aussi à communiquer. Télépathie. Coup de fil de Paris. «Recherchons actions à valoriser et bénévoles à interviewer».  Appel au président. Ancien sportif, énergique, charismatique. «Vous n’auriez pas deux ou trois bénévoles qui accepteraient  de parler, de se montrer ? Si possible des juniors plutôt que seniors. C’est ce que veut Paris. » De la com’ m’a-t-on dit. Je téléphone, les questionne. Trois personnes et trois oui. Ça se ferait avec Instagram et des influenceurs à ce qu’on m’a dit. Au choix Kev Adams, Black M., Iris Mittenare. Ou bien Kyan Khojandi.  Ce que c’est devenu depuis ? Je ne sais pas, on me l’avait pourtant promis…

Sur WhatsApp, défilé de faits et de méfaits. Tout le monde se met aux masques. Particuliers, couturiers, ateliers : dans le Jura ça coud à tout va. A Grenoble, c’est moins noble. Une bénévole en prison se voit interdire de porter sa protection. Raison invoquée : les gardiens n’en sont pas équipés. Quand l’égalité frôle la stupidité. Notre bénévole est repartie, dégoûtée.  A Toulon, une directrice d’une maison spécialisée interdit les masques. Là c’est à ses salariés ! Protestation, pétitions. Rien n’y fait. Eux sont excédés et ne veulent plus y aller. Droit de retrait ? « Je vais vous licencier ». Pour clore le chapitre de ces insanités, la copie d’une affiche qu’Abdenbi m’a transférée. Après les soignants et infirmiers, c’est, comme dirait l’OM, au tour des enc…és :

« Cher Monsieur,

Nous n’avons rien contre les homosexuels mais nous savons que vous serez porteurs avant les autres comme le sida l’a été. Vous faites ce que vous voulez avec vos mœurs bizarres. Mais vous pouvez contaminer des jeunes enfants et des personnes fragilités (sic). Donc s’il vous plait évitez de toucher les portes notamment en allant visiter l’ensemble de la résidence pour proposer votre aide (nous n’en voulons surtout pas), l’entrée de l’immeuble et le local poubelle. Quant au digicode, vous avez normalement en votre possession un badge afin d’éviter de toucher le clavier (…) Merci de votre compréhension et de votre attitude altruiste envers les autres ».

Tristesse. Colère. Pas d’autre commentaire.

Après 3 semaines de confinement, on sent pointer les premiers craquements. Une de mes copines ne supporte plus ses enfants. Leur environnement pourtant est parmi les meilleurs.  Une grande maison. Du vert, des forêts, des montagnes. Bref, de sacrés extérieurs. Tout sauf coincés, comme beaucoup, dans leurs petits intérieurs. Mais il y a parfois, c’est sûr, plus dur que des murs.

Audio « pauvreté ». Un directeur, une commissaire et l’ensemble des administrations concernées. Actions engagées. Pour que les plus démunis soient le moins possible touchés et si possible préservés. Certains c’est clair ne se sont pas foulés. Mais la plupart se sont, dans un contexte en tous points dégradé, carrément défoncés. Continuité des droits et prestations, soutien alimentaire pour les enfants privés de cantine, aides au chômage partiel,  recouvrement des indus suspendu, recherche de solutions pour les indépendants, artisans, paysans : pas de quoi se vanter mais encore fallait-il y arriver. Certains je le sais se sont défoncés. Nous passons ensuite de l’autre côté, celui des nouvelles pauvretés et précarités.  Encore peu identifiées, mal évaluées. Des centres fermés, des accueils devenus quasi exclusivement numériques, et donc fermés à certains publics. Et que dire de la fameuse continuité pédagogique qui épuise les enseignants sans pour autant toucher nombre d’enfants. Un enfant sur 6, quand ce n’est pas un sur 5, a déjà décroché. Et, sans surprise, c’est dans les quartiers prioritaires que la situation est la plus sévère. Quant aux services en charge des femmes ou de l’enfance c’est sur l’impact d’un confinement prolongé qu’ils viennent nous alerter. Maltraitances infantiles, familiales, conjugales : au-delà du nombre, pour l’instant limité, c’est désormais leur gravité qui ne cesse d’inquiéter. Petite note positive dans cet horizon pas vraiment folichon : dans les établissements sociaux et médicosociaux les masques commencent enfin à arriver. Pour les salariés, car les bénévoles eux en sont encore privés.

Ce soir avec ARTE on va se changer les idées. C’est finalement pour Mammon que nous avons opté. Paysages glaciaires et série policière. 58 minutes de corruption, crimes et enquêtes à la norvégienne. L’épisode Un déjà nous tient en haleine. Vivement demain que ça reprenne !

Mercredi 8. Routine ou presque du boulot et des audios. Nouvel énervement des référents. Que je soutiens et je comprends. Lundi soir, nouvelle directive. Il faut, leur dit-on, aider La Poste les 7, 8 et 9 avril. Jours de pointe et de distribution d’indemnités et autres prestations. La moitié des bureaux ayant fermé, de longues files d’attente vont se former. Qu’il va falloir organiser et aiguiller. Bref, pourquoi ne pas encourager des jeunes volontaires à s’y coller ? Sauf que la mission est totalement improvisée. Juridiquement – le but lucratif de l’entreprise rend le recours à la réserve civique assez problématique – techniquement – les bureaux dits prioritaires tombent des nues et n’ont rien prévu – humainement, pourquoi diable y affecter des jeunes alors que leurs propres salariés ne veulent pas s’y coller ? Les référents sont de bonne volonté mais là faut pas pousser. Mais si ça vient de l’Elysée…

Sur les autres sujets nous essayons d’avancer. Sur les Ehpad le national n’a toujours pas tranché. Sur d’autres points à nous de nous débrouiller : soutien scolaire dans les quartiers prioritaires, fabrication de masques et de visières. Missions indispensables, quasi indiscutables. Mais qui sortent du cadre. Compte tenu des besoins et au prix de quelques acrobaties, nous nous entendons pour leur dire oui.  Nous essayons aussi de voir quels organismes mobiliser. Faudrait voir du côté des collectivités et du réseau de lutte contre la pauvreté.

A part ça, les chiffres viennent de tomber. Pas ceux de la pandémie. Mais de l’économie. Moins 6% sur le PIB. Le club de Rome en avait rêvé. Notre Corona l’a réalisé. La décroissance, une chance ? En tout cas beaucoup y pensent. Notre provisoire sobriété pourrait peut-être nous y préparer. Même beaucoup de forces ne veulent pas en entendre parler. Les défis en tous les cas sont devant nous. Nouveaux modèles, nouvelles activités. Pour le public, pour le privé. Passer de la bouscule à la bascule.  Mais où sont les lignes de force ? Les axes principaux, les pistes secondaires ? Les gagnants, les perdants ? Aujourd’hui et peut-être encore plus demain, le fric ira au numérique.  Or les géants sont en Amérique et les nains, plutôt de ce côté-ci de l’Atlantique. Sur ce sujet, comme sur bien d’autres, beaucoup de thèse et antithèses, d’essais, d’erreurs, de tâtonnements. Après le tragique, le stratégique ? Dé-mondialiser ? Plus de proximité, de simplicité ? Moins de vacuité et d’hypertechnicité ? Nouveaux enjeux, nouvelles idées. Se méfier des charlatanismes en tout genre, lutter contre les simplismes et autres je-m’en-foutismes. Rêver, imaginer, discuter, dessiner, essayer, se battre. Et surtout s’engager.

Avant l’apéro, petite sortie. Fruits et légumes chez le primeur. Le reste à Monoprix. Avec mon caddy. Pas d’alcool. De l’eau et des jus de fruits. On mange bien mais healthy ! Chemin du retour. Des escaliers et à la craie, encore tout frais, un graffiti en plein milieu de la montée. « Vivement la rentrée des classes ». Mais qu’est-ce qui se passe ? Rêve d’enfants ? Ou plus vraisemblablement cri des parents ?

Ce soir, retrouvailles avec les Edmonds. Chacun parle d’où il veut. D’où il peut. Ici c’est du jardin, là du bureau. L’une a choisi sa cuisine, beaucoup leur salon. 3 semaines déjà. Les cheveux poussent. Il y a les chauves et les ébouriffés, les bien coiffées les chevelures masquées. La plus réussie c’est sans doute Danny. Elle devait jouer Sarah Bernard. Jusque-là elle en avait la voix, les mots. Ce soir elle en a la tête. En bas c’est autre chose. Tenue de marinier, façon Jean- Paul Gautier. Sur nos écrans aussi, visages  d’enfants. Garçons ou filles, Arthur, Mathilde. Elle aime bien la maison mais l’école lui manque. Le graffiti du Panier n’est pas si isolé.

Lors du dîner, mon coloc est, je le vois, perdu dans ses pensées. Après un long silence il se met à parler. De sa vie. Là-bas puis ici. Enfance, adolescence, beaucoup de maltraitance. Puis la France. Un mariage et encore de longues souffrances. Cachées, déniées, enterrées. Il fallait bien sauver les apparences. A le voir, on ne dirait pas. Toujours actif et attentif. Chaleur, rieur, dragueur. Mais aujourd’hui en pleurs. La grosse connerie, il y a pensé. Avant d’y renoncer. Mais toujours prêt à craquer. Il faut lui parler. Le réconforter. Lui éviter de tomber.  Lui expliquer que tout ça, sans l’oublier,  on peut essayer de le mettre à distance ou de côté. Je lui raconte aussi mes propres tranches de vie. Mes thérapies et mes psys.  Celui avec qui j’avais du mal il était coinçant et coincé. Et celle qui après 2015 m’avait si bien accompagné. Ce soir ni scrabble, ni théâtre, ni série télé. Abdenbi n’a qu’une envie c’est d’une tisane et au lit. Il va se coucher et accepte même, miracle, de se déconnecter. C’est dire s’il est secoué ! Vidéo de maman. Prise par son voisin médecin : elle faisait cet après-midi du qi qong dans son jardin !

Bicyclette, oh happy bêtes !

Jeudi 9. Il est tôt. En ce jour, ni audio, ni vidéo. Direction la Poste. Un recommandé. Il m’attendait à la Poste du Panier. Mais quand celle-ci a fermé, il a été déplacé. J’prends mon vélo. Des lustres qu’il n’est pas sorti, lui aussi. Je vérifie la batterie. Eh oui, un électrique. L’âge ? Pas vraiment. Mais les grimpées, because mon pied, plus sûrement. A Marseille ça monte – et ça descend – tout le temps. J’en avais discuté avec le marchand. « Quels sont vos critères ?» J’avais  répondu, dans un éclair, la Bonne mère ! Pouvoir y aller une fois, 10 fois, 100 fois.  Et la montagne, si je peux. Il a souri. Oubliez le bas de gamme, les pliables et autres vélos de dame. Investissement. Ce qu’il vous faut c’est du bon du solide, de l’allemand. J’ai suivi. J’ai payé. Il a souri.  Chuis sorti.

Depuis je circule sur mon fier destrier. Profiter des rues désertes, brûler des feux, prendre des sens impermis. Un peu d’air et de liberté. Devant le dit bureau, je gare mon vélo. Pas de file. Fausse joie. Gardien goguenard : l’entrée est sur l’autre boulevard. Et là, une grosse queue, interminable. Restrictions, distanciation, et, je le savais, beaucoup  de prestations.  Renonciation.  Retour à la maison.

Messages du Préfet aux collectivités, au réseau de lutte contre la pauvreté. Avant midi tout cela est torché et envoyé.  Je me suis chargé du déjeuner. Toast à la tapenade en entrée. Nouilles chinoises aux légumes braisés. Salade de poires, gingembre et kiwis pour terminer. Sans oublier  un p’tit café. La Poste à nouveau. Avant l’ouverture. Petite queue. Les blancs comme moi sont peu nombreux. Trois gardes pour filtrer. Et de temps en temps un employé. Qui par type d’opérations vient nous trier. 40 minutes après, un guichet. Une femme, stagiaire ou intérimaire. Elle est stressée. Son chef : « allez, allez, ce n’est qu’un simple recommandé ».

Appel  du directeur. C’est parfait pour le préfet. Mais ajoutes-y un argumentaire tant qu’on y est. C’est comme si c’était fait. Enfin c’est ce que je croyais. Une page maxi ça se construit. Donner quelques chiffres. Choisir les bons mots. Bien viser, contextualiser. Ma petite note ne sera pas sotte.

Coté pandémie, la liste des pays s’allonge quasi à l’infini. Après l’Espagne et l’Italie au tour maintenant des Etats-Unis. Chez Trump, toujours autant d’inanités et de faussetés. Et pas un gramme d’humilité. La faute était aux Chinois, puis aux Européens. Désormais c’est l’OMS qui est coupable. Mais n’est-ce pas lui l’incapable ?

Porte-parole du gouvernement, un vrai talent. Un master en mauvaise foi. Un doctorat en langue de bois. Et des exemples qui font foi : « Nous prendrons des mesures pour l’extension du port du masque pour toute la population dès lors que nous aurons un consensus scientifique ». Sibeth ici est pathétique. Ils ne font pas ce cirque chez les Asiatiques. Pas, et de loin, sa première boulette. Y avait déjà eu sa critique des enseignants. Et elle nous prend encore pour des bébêtes, pirouette, cacahuète.

Autre décor, autre ambiance. 12 000 décès, 12 000 vies emportées. Beaucoup de personnes âgées. Ehpads, hôpitaux : parties seules sans même quelqu’un pour leur tenir la main. Horreur. Douleur. Malheur. Avez-vous lu ce message d’un externe à ses patients seuls ou mourants ? Détaillé. Révolté. Bouleversant. Reconnaissant. Aujourd’hui, Boris va mieux. Tant mieux pour lui. Moins sûr pour son pays. De son côté Bernie a renoncé. On dit que ses idées ont gagné. Couverture maladie universelle, Obama avait déjà essayé. Mais avec le virus les Américains peuvent-ils cette fois espérer ? Yes, mais si les jeunes se décident à voter !

Du Corona, seule la nature semble en profiter. Plantes et animaux jouissent d’un monde moins pollué, d’un calme retrouvé. Moins de bruit, plus de cuicui. Les animaux eux se baladent. Effets secondaires dirait avec ses mots si beaux Grand corps malade. On a vu des canards et des renards circuler sur les boulevards. Baleines et dauphins danser dans les calanques. Chèvres et dindons tenir des assemblées. Pas vraiment pour nos beaux yeux, souvent ils ont le ventre creux. Les refuges de la SPA sont pleins. Merci qui ? Le pangolin !

Fin de journée sur ARTE. Abendbi ? Ce soir ça va, hamdullilah.  On retrouve Mammon, les brumes et les crimes à la sauce nordique. Tout un lot de baroudeurs, rédacteurs, directeurs et autres corrupteurs. Le héros ? Il est journaliste et investigateur.

Vendredi 10. Thé mais sans banane. Juste une pomme. Car côté bouffe, il a fallu un peu, comment dire, ralentir. Vendredi sain donc. Sans toxines ni cuisine. Crue, cuite, au four, en salade en compote, le régime à la pomme c’est bon pour la forme. A un petit détail près. Mais ça c’est secret !

L’audio du jour est moins dense, plus légère. Les missions pour la Poste ? Improvisées et d’ailleurs à peine utilisées. Des jeunes étaient pourtant prêts à se mobiliser. A revoir peut-être le mois prochain. Si toutefois, le confinement n’a pas pris fin. Nos chiffres commencent à nous interroger. Après quelques vérifications, des collègues ont noté des doublons, des dysfonctions. Surtout dans les participations. Au diable ces – du moins nous l’espérons – petites imprécisions : les gros chiffres font bon ménage avec la médiatisation…

Midi. Mon coloc a une petite mine et un ventre qui crie famine. Il avait oublié le régime ! Mais il est sérieux et il s’y tient : à côté du Ramadan, ce n’est rien ! Aujourd’hui encore notre héros du coin, notre Cyrano fait la une des journaux. Médecin rebelle, visite présidentielle. Bénédiction ou communication ? Qu’on le veuille ou non, son traitement a reçu aujourd’hui LA caution.  « Consensus scientifique » nous disait-on ?

Dernier rapport hebdomadaire sur la plateforme dans notre région.  A destination de cadres de direction. Des chiffres qui disent tout des structures, des missions, des participations. Des validations comme des annulations. Mail envoyé. La journée est bouclée.

Pomme du soir, bonsoir. Je l’avais craint mais non, aucun sentiment de faim. Enfin, demain  les bons plats auront retrouvé leur chemin. Sur FB ou Instagram,  on vous fera saliver ! Nous on a notre médecine, c’est cuisine plus que chloroquine, ragoût plus que Raoult!

Samedi 11. Grasse matinée. Mais faut me lever. Ecrire. Car le journal lui n’attend pas. Or j’ai beau m’agiter ça ne vient pas. Mon écriture est dure. Beaucoup de ratures, trop de fioritures. J’ai eu beau collecter faits, mots et  pensées, un jour un seul me prend des heures à rédiger. Ne pas laisser tomber. Retourner, recommencer. Surmonter mes difficultés. A deux heures du mat, je finis par m’arrêter. Méditer, cuisiner, discuter, déguster, scrabbler et même des choses dont vous n’auriez pas idée : j’ai eu beau tout essayer, je boucle juste le mercredi au moment de me mettre au lit !

Dimanche 12. Buona Pascua. Happy Easter. Frohe Ostern. Pasquarantena. Pâques en quarantaine. Mon WhatsApp croule sous les lapins, les cloches, les œufs et les vœux. Un ciel bleu, précieux, chaleureux. Ou plutôt malicieux. Qui nous invite à sortir, à partir. Mieux, à fuir. Laisser un temps nos inquiétudes et nos incertitudes. Changer de lieu,  respirer d’autres cieux. Profiter de la vie au moins jusqu’à lundi. Depuis mon balcon j’ai rêvassé. Evadé. J’étais à Madagascar, rouge des terres, vert de ses rizières. Dans un temple birman, une mosquée d’Ispahan, un désert du Turkestan. Air de la montagne, brises de Bretagne. Couleurs de l’Indochine, odeurs des Philippines. Chocolat de Belgique, Tequila du Mexique. Pasta d’Italie, bacalao d’Ibérie. J’ai voyagé sur les sentiers de mon passé. Mis fin de brefs instants à la logique du confinement. Putain d’enfermement !

L’écriture a eu aussi besoin de ce moment. De pauser et reposer. Après le déjeuner elle m’a raccompagnée. Sur mon vélo en direction du Pharo.  Une heure à pédaler, mais il a bien fallu rentrer. En rouvrant mon ordi, je pense à la belle lettre de Francesca Melandri. Qui parlait de notre futur. De ce qu’elle avait déjà traversé et ce qui allait nous éprouver. De ces gens qui vous appelleraient ou que vous rappelleriez, alors que vous les aviez presque oubliés. Bingo : en dix jours j’ai retrouvé un frère. Mais aussi Nico, Giulio, Domenico, mes profs de piano et Roberto. Encore péruvien, mais de plus en plus Parisien. Une forte proximité il y a quelques années. Puis nous nous sommes éloignés. Nous sommes heureux de nous reparler, de Marseille, du Pérou, de nos vies à brides abattues, du temps perdu. Sa famille, un père médecin. Un système de santé faible et inadapté. Y con el Corona, un confinamiento atipico. A Lima, c’est sur la division des sexes que le système s’est organisé. Aux hommes les sorties du lundi, mercredi et vendredi. Aux femmes celle du mardi, jeudi et samedi. Le dimanche, c’est mort, personne ne sort. Seul Dieu…et encore !

Il est temps de vous quitter. Pour le dîner, ce soir, Abdenbi nous fait voyager. Tartines de guacamole suivies d’un poulet épicé, purée de haricots rouges et riz pimenté. Dessert au chocolat. Acapulco ou Oaxaca ? L’écriture est plus facile, plus agile. Et, à la fin, un peu plus gaie. Oh yeah, oh happy day !

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