Dossier : Le travail rattrapé par l’écologie
Nombreux sont ceux pour qui la crise sanitaire a interrogé l’utilité de leur travail. À qui, à quoi sert-il ? Est-il respectueux de l’environnement ? Les salariés peuvent-ils, doivent-ils, remettre en question les biens ou services auxquels ils contribuent chaque jour ? Que serait un « syndicat de l’environnement » ? On a coutume de parler des liens entre écologie et emploi : emplois supprimés d’un côté, nouveaux emplois verts de l’autre. Metis interroge la manière dont l’écologie interpelle le travail et donc les entreprises.
Vers le plein-emploi écologique
Alors que la remontée du chômage depuis le dernier trimestre 2024 – le nombre de chômeurs en catégorie A ayant augmenté de 3,9% - suscite des inquiétudes et que les reculs en matière écologique se multiplient, la lutte contre le chômage et contre le réchauffement climatique devraient être menés de front. C’est le sens par exemple de l’initiative des écoles de la transition écologique (ETRE) qui forment des jeunes sortis du système éducatif aux métiers essentiels à la transition. Plus largement, alors que près de 3 millions d’actifs[1] vont devoir être formés d'ici à 2030 pour réussir la transition écologique, l’objectif du plein emploi et la décarbonation de notre économie apparaissent comme étroitement liés.
Conjuguer progrès et sobriété
Nous vivons depuis bien longtemps dans une société du travail et de la croissance synonyme de progrès. Beaucoup remettent en cause son évidence. La crise sanitaire y contribue à sa manière. Au-delà des comportements individuels, la sobriété collective est-elle à l’ordre du jour ? À partir de ses lectures, Jean-Marie Bergère dessine des chemins.
Information « extra-financière » : reconquérir la souveraineté européenne
Depuis le début de l'année 2024, la directive européenne CSRD est en vigueur, imposant aux entreprises des normes de rapport extra-financier. Cette mesure vise à accroître la transparence des informations concernant leurs initiatives en matière de "durabilité". En juin 2021, Martin Richer en parlait dans cet article que nous republions. Comment mesurer la performance et les impacts d’une entreprise sur le réchauffement climatique, sur la protection de la biodiversité, sur le recyclage des matières premières ? Dans ces domaines complexes, les instruments portent le nom barbare de données extra-financières. Notre vaillant ministre des Finances s’est courageusement opposé à la vente d’une chaîne de supermarchés à des investisseurs canadiens. Si les légumineuses calibrées et les boîtes de petits pois sont des produits stratégiques, qu’en sera-t-il de l’information extra-financière ? Cette information que presque toutes les entreprises devront prochainement produire permet tout simplement d’évaluer leur performance, de guider les choix de gestion de leurs dirigeants et d’orienter les investissements.
Les entreprises, les salariés et l’environnement : mobilisables, mais peu mobilisés !
Fin 2021, avant même que le terme de sobriété ne soit sur toutes les lèvres, Technologia réalisait une étude sur « l’Environnement et le monde du travail ». L’objectif ? « Analyser au plus près du terrain le traitement des problématiques de prévention de l’environnement, de consommation d’énergie et d’émission de gaz à effet de serre ». Metis revient sur les enseignements de cette étude au regard de la conjoncture actuelle, du plan de sobriété et des objectifs de réduction de consommation d’énergie par les entreprises dans un entretien avec Jean-Claude Delgenes, Président-fondateur de Technologia.
L’écosyndicalisme au chevet de la transition écologique ?
Alors que l’urgence climatique s’est progressivement installée au cœur du débat public, l’action publique en matière environnementale cristallise les contestations depuis le mouvement des gilets jaunes en 2018 jusqu’au projet de loi climat. Uniquement appréhendée par le prisme de l’État, la question climatique gagnerait à être pensée dans une démarche de négociation collective pour dépasser l’antagonisme récurrent entre la « fin du mois » et la « fin du monde ». C’est la logique dans laquelle s’inscrit le mouvement de l’éco-syndicalisme.