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Le Premier mai n’est plus vraiment la fête du Travail. Déjà depuis pas mal d’années, ce jour férié pour tous (ou presque) et vraiment international s’est transformé en tête de pont, week-end allongé, ou « petites vacances », en somme tête de gondole d’offres touristiques et de loisirs. Et voilà maintenant qu’à force d’être symboliques, les traditionnels défilés syndicaux deviennent empêchés.

« The times they are a changin’ » : la chanson de Bob Dylan est de 1964. On peut ré-écouter avec bonheur sa voix tout à la fois nette et enveloppante. Daniel Cohen en a fait l’accroche de son livre Il faut dire que les temps ont changé, chronique (fiévreuse) d’une mutation qui inquiète (2018). Il y fait preuve, bien davantage que dans ses autres livres, d’une réelle angoisse devant les temps présents, individualistes, consuméristes, vampirisés par les écrans de toute sorte, et plus encore devant les temps à venir.

Lecture encore, comme un refuge. Cette angoisse, je l’ai éprouvée au long des récits de Bernard Guetta dans le premier de ses dix volumes d’enquête autour du monde. En Hongrie, en Pologne, en Autriche et en Italie, il s’est entretenu avec les nouvelles générations de responsables politiques, et quelques-uns des anciens qui se souviennent des années « soviétiques » et de comment ils s’en sont sortis. On comprend, au travers des propos tenus par des personnalités très différentes les unes des autres que, plus que l’Union européenne comme institution, c’est l’Europe de l’Ouest qui est visée par leurs propos, et détestée. Celle de la domination franco-allemande, des prétentions du Président français et de la présence économique de l’Allemagne (le couple idéal !), celle du mariage pour tous et des mœurs débridées. Cette Europe qui leur aurait imposé les « thérapies de choc » ultra-libérales dès les années 1990, qui leur a volé leurs grandes entreprises et qui continue d’attirer leurs jeunes, surtout les plus qualifiés.

On pressent aussi (bien que l’hypothèse ne soit pas rigoureusement vérifiée) que par delà les frontières d’aujourd’hui, l’espace des nouvelles droites populistes est celui de l’empire autrichien et de l’empire austro-hongrois du 19 ° siècle. Que les ressentiments ne datent pas d’hier pour des pays dont les traités signés à la fin des deux guerres mondiales du 20 ° siècle ont réduit la puissance en redéfinissant leurs limites géographiques. Les gouvernements (Orban, Kaczynski, Kurz et Salvini) y sont à la fois nationalistes (cf. l’histoire) et sociaux en réponse aux dégâts produits par les thérapies libérales et aggravés par la crise de 2008. On est bien au-delà de la question des migrations. Littéralement « national » + « social », cela fait national-socialisme…

Alors la guerre ? La ressemblance avec les années 1930 ? Non, les temps ont changé : ce seront juste les élections européennes. Beaucoup de listes, 33 en France, une seule circonscription comme dans la plupart des autres pays européens, mais sans doute peu d’électeurs. En somme le bordel identitaire, comme s’il ne s’agissait pas d’élire les députés du Parlement européen qui, contrairement à ce que l’on entend souvent dire, a pas mal de pouvoir… Une France « blessée » qui a du mal à effacer les traces d’une élection présidentielle marquée par un enchaînement de malentendus (les primaires que l’on a voulu croire représentatives de l’ensemble) et d’affaires (Fillion !). 10 listes en Suède, 15 en Pologne… On peut en trouver la liste sur le site de la Fondation Robert Schuman.

Décidément je ne suis pas très optimiste en ce moment ! L’influence de la météo peut-être ? Mais heureusement Metis change avec un nouveau site depuis quelques semaines grâce au soutien de ses lecteurs, et avec un nouveau statut associatif bien en accord avec ce que sont le site, la Newsletter hebdomadaire et l’équipe de rédaction.

Deux événements Metis intéressants ont eu lieu tout récemment : un amphi-débat organisé avec l’UODC, Être partie prenante du travail et de son organisation, délibérer en politique : Une réponse à la crise démocratique ? avec Gilles-Laurent Rayssac et Martin Richer et un séminaire à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, Le développement territorial d’aujourd’hui et de demain : postures, ingénierie et savoir-faire, avec Jean-Marie-Bergère et Martin Richer.

Des dossiers stimulants pour les semaines à venir : Les corps intermédiaires, La mobilité, professionnelle et géographique. Et un retour sur le Grand débat qui fut passionnant, et qui se poursuivra d’une manière ou d’une autre.

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Philosophe et littéraire de formation, je me suis assez vite dirigée vers le social et ses nombreux problèmes : au ministère de l’Industrie d’abord, puis dans un cabinet ministériel en charge des reconversions et restructurations, et de l’aménagement du territoire. Cherchant à alterner des fonctions opérationnelles et des périodes consacrées aux études et à la recherche, j’ai été responsable du département travail et formation du CEREQ, puis du Département Technologie, Emploi, Travail du ministère de la Recherche.

Histoire d’aller voir sur le terrain, j’ai ensuite rejoint un cabinet de consultants, Bernard Brunhes Consultants où j’ai créé la direction des études internationales. Alternant missions concrètes d’appui à des entreprises ou des acteurs publics, et études, européennes en particulier, je poursuis cette vie faite de tensions entre action et réflexion, lecture et écriture, qui me plaît plus que tout.