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Un Brésilien à la tête de l’OMC, les grandes espérances

publié le 2013-05-26

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En septembre prochain, le Brésilien Roberto Azevedo succédera à Pascal lamy à la tête de l’l’oragnisation mondiale du commerce (OMC). Premier latino-américain à occuper cette fonction – l’OMC n’a compté qu’un seul directeur issu du « Sud » depuis sa création, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi entre 2002 et 2005 – il s’agit surtout du premier candidat soutenu par les pays émergents à s’imposer contre le favori des nations industrialisées. Ces dernières avaient en effet marqué leur préférence pour le Mexicain Herminio Blanco, ancien négociateur en chef de l’ALENA et perçu comme plus libéral que son concurrent, identifié quant à lui à la politique étrangère de Lula qu’il a contribué à défendre à l’OMC en tant que représentant permanent du Brésil depuis 2008.

 

Signe d’un rééquilibrage déjà bien amorcé sur le plan de l’économie mondiale, l’élection d’Azevedo n’offre toutefois pas la garantie qu’elle permettra de sortir l’OMC du blocage dans lequel elle s’enlise de puis 2001 et le lancement du cycle de Doha. Aux désaccords opposant « Nord » et « Sud » sur des questions comme l’agriculture ou la propriété intellectuelle, se sont en effet ajoutées les critiques de plus en plus nombreuses du mouvement altermondialiste quant aux conséquences de la libéralisation promue par l’OMC, notamment en termes de souveraineté alimentaire ou d »accès aux médicaments génériques.

 

Néanmoins la paralysie de l’OMC n’a pas empêché cette même libéralisation de trouver refuge dans la bilatéralisation croissante du libre-échange observée ces dernières années. Une situation qui inquiète d’autant plus la société civile mondiale qu’elle favorise les asymétries entre pays puissants et faibles, tout en diminuant ses capacités de mobilisation et de publicisation. C’est ainsi que l’accord de libre-échange négocié depuis plusieurs années entre le Canada et l’UE a fait l’objet de relativement peu de débats, et ce malgré l’importance des questions soulevés par ses opposants. La dernière en date concerne la possibilité pour les États européens qui le souhaitent d’interdire la fracturation hydraulique, cette technique hautement controversée qui permet l’extraction du gaz de schiste. Une clause de protection des investisseurs pourrait en effet permettre aux compagnies actives dans ce secteur de poursuivre les États concernés, sur le modèle du procès qui oppose actuellement la société Lone Pine Resources Inc. au gouvernement du Canada au sujet du moratoire déclaré par ce dernier sur la fracturation.

 

C’est d’ailleurs le même genre d’inquiétudes qui pousse une coalition d’associations environnementales, syndicales et/ou citoyennes à s’opposer dès maintenant aux négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’UE et les États-Unis. La volonté de créer un marché transatlantique devrait en effet être discutée en marge du prochain G8, en Irlande du Nord, alors que Barack Obama et plusieurs dirigeants européens s’y sont d’ors et déjà montrés favorables. L’enjeu n’est pas mince. Dans la mesure où les tarifs douaniers entre les deux zones commerciales sont déjà modestes, le cœur d’un tel accord porterait avant tout sur une harmonisation des procédures et réglementations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique. Une perspective qui fait craindre à la Plate-forme contre le Transatlantisme un nivellement par le bas en termes de réglementations sociales ou environnementales par exemple, ainsi qu’une perte décisive de souveraineté sur des questions aussi centrales que le développement local, la politique industrielle, agricole ou encore énergétique du continent européen.

 

Pour certains, les risques de la bilatéralisation pourraient être contrés par une remise à plat des missions de l’OMC qui permettrait d’en dépasser le blocage actuel. Ils veulent voir dans l’élection de Roberto Azevedo un signe positif allant dans ce sens, même s’il n’est pas certain qu’une meilleure prise en compte des intérêts des pays émergents coïncide nécessairement avec une plus grande justice sociale ou environnementale. Le Brésilien est d’ailleurs resté relativement discret jusqu’à présent sur ces intentions une fois à la tête de l’institution. Il faudra attendre le mois de septembre pour en savoir plus.

 

 

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