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Irène Valdelomar-Zurera explore en ce moment les lieux de co-living et co-working dans différents pays. Nouvelles manières de travailler ou nouvelles figures du tourisme ? En commençant par le Mexique.


U-co.co

Quels sont les premiers lieux que tu as rencontrés ?

Voici quelques exemples :

U-co.co à Oaxaca

C’est une équipe de consultants qui ont monté plusieurs endroits de co-living ainsi qu’une maison d’hôtes avec un tiers financeur. Le co-living d’Oaxaca est un hôtel-boutique qui se présente comme « bio-culturel » : il poursuit un objectif de connaissance de la culture locale d’Oaxaca et il fonctionne selon un modèle éco-responsable (matériaux biodégradables en particulier). C’est une belle expérience que d’y séjourner : je l’ai fait pour une nuit !

Le fondateur Marco a pour projet de créer six hôtels pour « digital nomades » au Mexique (quelques chercheurs traduisent en français par « touristes nomades numériques »), pour l’instant trois sont ouverts à Mexico, Guadalajara et Oaxaca. En parallèle, lui et ses associés ont lancé une activité de conseil pour entreprises et particuliers sur des projets de transformation d’espaces disponibles. Au départ, il y a trois ans, ils faisaient également de la gestion d’espaces privés pour des tiers (ils continuent à le faire, mais de moins moins), mais maintenant ils se concentrent sur le conseil en amont et le développement de leur activité de lieux de co-living.

Marco est lui-même un « digital nomad », il a étudié aux États-Unis puis fait un travail qui l’a conduit à beaucoup voyager : il se retrouvait alors seul dans des hôtels ou des airbnb, avec l’impression de ne jamais être chez lui. D’où l’idée de créer des lieux « cosy » pour les travailleurs, salariés ou indépendants, itinérants. Ce sont des lieux de petite taille (une vingtaine de chambres au maximum) qui permettent de trouver un espace communautaire et un chez-soi.

La pandémie de Covid a accéléré leur développement : comme il n’y a aucune restriction pour voyager et séjourner au Mexique, beaucoup d’Américains et de Canadiens y sont venus pendant cette période. U-Co (l’ensemble des consultants) fonctionne avec une équipe de trois responsables (un responsable des opérations, un responsable financier et un responsable stratégie qui bougent autour de Mexico) et 20 salariés repartis partout au Mexique, et a sans doute vocation à grandir.

Ce lieu a été financé par des fonds privés et des campagnes de crowdfunding auprès de « digital nomads », les deux derniers investisseurs sont des Français expatriés.

Quant aux clients, ce sont des personnes de 25 à 35 ans, freelance ou salariés, à la recherche de petites communautés où se retrouver pour quelques jours ou plus (il n’y a pas de durée de séjour minimale).

Selina à Puerto Escondido, au bord de la mer

Il s’agit d’une marque très connue en Amérique latine créée par des Israéliens avec des fonds d’investissement, comme ceux de « We work » (qui développe de beaux lieux de co-working partout en Europe, mais dont le modèle n’est pas rentable). Ce groupe propose de beaux hôtels, très bien aménagés, avec des activités nombreuses de karaokés, DJ, surf et bar tous les soirs.

C’est une initiative complètement différente. Je n’ai pas interviewé les fondateurs cette fois-ci, mais j’ai plutôt rencontré des digital nomades qui y vivent.

Il en ressort que ce sont des personnes entre 23 et 30 ans qui cherchent une sorte de « colonie de vacances pour adultes » afin de pouvoir faire la fête en permanence. Dans ces conditions il n’est pas facile d’y rester plus d’une semaine, notamment si l’on a un travail régulier avec des réunions en visio. C’est un profil de digital nomades bien plus jeunes avec beaucoup de freelances qui travaillent dans la tech ou dans le milieu artiste (graphistes, designers…).

Tulum

C’est encore une autre version : un hôtel conçu pour travailler avec beaucoup d’espaces pour se connecter, mais aussi pour faire du yoga (le lieu s’appelle « holistika yoga ») et autres pratiques de détente et soins. Il s’agit d’un endroit magnifique qui propose des rituels, thérapies et cours de yoga au quotidien avec des repas végétariens. L’endroit est beau, mais cher. Je constate que de nombreuses personnes optent pour l’option airbnb et fréquentent l’hôtel pour y retrouver leur petite communauté de digitial nomades et co-living partenaires.

Qui sont les « résidents/travailleurs » en co-living ?

J’ai créé des affinités avec trois d’entre eux, voici leurs portraits :

Vero est graphic designer, espagnole, elle a 25 ans et voyage depuis deux ans. À la fin de ses études, elle s’est mise directement en freelance et cette vie lui convient très bien. Elle a passé un mois à Selina Puerto Esondido.

Dani est ingénieur et il vient de créer son entreprise pour faire des investissements dans les maisons de jeux pour le compte de tiers. Il a 32 ans, mais il trouve son compte dans cet espace qui lui permet de rencontrer des personnes au quotidien dans un endroit paradisiaque. Il sort d’une relation de 10 ans et cela lui a donné envie de se construire une nouvelle communauté, faire la fête, tout en travaillant quelques heures par jour…

Connor a 24 ans, il voyage depuis un an et demi, il fait des investissements en ligne et s’arrête quand il a atteint la somme souhaitée pour chaque mois. Il a tout compris, travailler juste ce qu’il faut pour avoir du temps pour lui !

J’ai rencontré d’autres digital nomades en dehors des coliving, ils ont un profil un plus classique :

Un couple formé d’un français et d’une Canadienne, qui travaillent pour des entreprises au Canada et ont profité de la période Covid pour acheter une très belle maison à Puerto Escondido (qui se présente comme la « future Ibiza » du Mexique). Actuellement, ils passent 6 mois au Mexique et 6 mois au Canada, avec l’accord de leurs entreprises.

Ils ne veulent pas habiter seuls. Au Canada ils partagent leur maison avec d’autres colocataires et font la même chose à Puerto, où ils vivent avec un couple d’amis espagnols qui habitent également à Toronto. Lui travaille pour une entreprise canadienne et elle est artiste freelance.

Qui sont ces entreprises qui permettent à leurs salariés d’aller travailler et vivre dans un autre pays, et parfois à l’autre bout du monde ?

J’ai rencontré un ancien directeur d’Unilever et RedBull : 57 ans, beaucoup d’expérience dans le management. Il a créé sa boîte en digital marketing en 2017 et commencé à réfléchir au télétravail un an avant le Covid. Ses 45 salariés ont moins de 30 ans et lui réclamaient de pouvoir télétravailler le plus possible. Il a donc décidé de passer du temps à l’étranger, à Tulum et dans plusieurs pays pour explorer le sujet. Après la période Covid, il a demandé à ses salariés s’ils souhaitaient fermer ou non leur bureau principal à Mexico et ils ont choisi de privilégier le télétravail et la flexibilité en renonçant à un espace physique où se rencontrer.

Son retour d’expérience : ce qui a changé c’est le moment où l’on prend en compte les problèmes et situations délicates à résoudre. La distance fait que souvent, lorsqu’il découvre le problème, il est trop tard pour le résoudre. La personne concernée a souvent décidé de quitter l’entreprise avant de pouvoir y remédier !

Par ailleurs, il constate qu’avec le télétravail les salariés peuvent faire d’autres missions en parallèle. Les salariés s’organisent comment ils veulent, ce qui leur donne plus de flexibilité pour accepter d’autres missions. Il pense que les millennials privilégient la flexibilité et la liberté par rapport à la stabilité d’un emploi.  Ils ne veulent pas être fidèles à un seul employeur. Il perçoit bien la différence entre les millennials et les managers de 25-40 ans qu’il a embauchés.

Un premier résumé de cette exploration

J’ai identifié pour l’instant trois types de pratiques du co-living :

  1. Un type maison d’hôtes améliorée où peut se créer une vraie communauté, tel U-coco
  2. Hôtel chic pour s’amuser et rester peu de temps, en travaillant un peu, c’est Selina
  3. Une location devenue habituelle de type Airbnb dans des milieux urbains et stations balnéaires où de nombreux services permettent de rejoindre des communautés différentes et variées.

Et deux types de profils :

  1. De jeunes freelances attirés par des endroits comme Selina
  2. Des salariés parfois plus avancés dans leur vie professionnelle et qui cherchent un mode de vie plus calme dans de beaux endroits, soit en Airbnb avec des amis pour une plus longue durée, soit en passant quelques jours ou semaines dans un lieu comme U-co.

Pour aller plus loin

– Suivez Irene dans ses découvertes de lieux de co-working et co-living sur son compte Instagram : @colivinginspiration

– Les premiers lieux découverts par Irene :

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Après des études en Droit et Economie à l’international et en France, Irene a décidé d’orienter sa carrière vers le volet économique et social. Elle a rejoint d’abord le département ESS de la Caisse des Dépôts puis l’associatif auprès du Secours Catholique. Aujourd’hui, elle fait partie de l’équipe de French Impact comme Responsable du Programme Territoires, initiative gouvernementale qui vise à valoriser et fédérer les acteurs qui font de l'innovation un levier de transformation sociale. Curieuse et extravertie, passionnée par la céramique et toujours à la découverte de nouvelles cultures.