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La santé mentale a été érigée par le gouvernement au rang de « grande cause nationale » pour 2025. Cela traduit l’inquiétude devant la montée spectaculaire et inquiétante des troubles psychiques, notamment chez les jeunes. Les entreprises, qui traditionnellement se sont longtemps tenues à l’écart de cet enjeu délicat n’ont plus le choix de l’attentisme. 

La santé mentale en perdition ? 

Les troubles psychiatriques concernent un Français sur 4 au cours de leur vie. Selon une récente étude de l’Ifop (citée par Le Figaro du 11 janvier 2025), près d’un jeune sur 4 confie avoir déjà eu des pensées suicidaires et cette proportion monte à 13% sur la classe d’âge plus précise des 18 à 24 ans, contre 3.3 % seulement en 2014. En 2022, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 13 millions de Français étaient concernés par la maladie mentale et les troubles psychiques (1% d’entre eux étant concernés par des troubles graves), ce qui se traduit notamment par une espérance de vie réduite de 15 ans. 

Ces évolutions défavorables ne sont pas spécifiques à la France. Selon la quatrième édition du Rapport AXA sur la Santé mentale publiée en mars 2024 (« Prendre soin de sa santé mentale au travail », Rapport AXA, mars 2024), « l’état de la santé mentale dans le monde reste préoccupant, avec près d’un tiers de la population mondiale vivant actuellement avec un problème de cet ordre. L’étude révèle que trois personnes sur quatre souffrent de troubles mentaux multiples en raison de leur environnement de travail, et que près de 70 % d’entre elles se sentent par conséquent désengagées de leur travail ». 

La santé mentale a été désignée comme le premier problème de santé à l’échelle mondiale (touchant 45 % des personnes interrogées) devant le cancer (38 %), selon l’étude Ipsos parue en octobre 2023 à l’occasion du World Mental Health Day. 

« La santé psychique des salariés se détériore partout en Europe, » alerte Christophe Vignon, Maître de conférences à l’IGR-IAE de Rennes, dans le MagRH de mai 2019 (« Eloge du mal-être ? »). Même la sérieuse et industrieuse Allemagne est touchée dès avant la crise sanitaire du Covid : « Une note du Ministère Fédéral du Travail Allemand publiée fin mars 2019 indique que le nombre de jours de maladie dus à des problèmes psychologiques a plus que doublé au cours des dix dernières années, passant d’environ 48 millions (2007) à 107 millions (2017). Les coûts économiques des temps d’arrêt, constitués essentiellement par le nombre de jours de maladie et le nombre de départs prématurés à la retraite, ont presque triplé, passant de 12,4 milliards d’euros à 33,9 milliards d’euros au cours de la même période ». 

Si le phénomène semble généralisé dans l’ensemble du monde occidental, il est particulièrement vivace en France. La Drees (ministère de la Santé) révèle le 9 janvier 2025 que si 6% des Européens souffrent de syndromes dépressifs, ce chiffre monte à 11% en France soit la « prévalence la plus forte » d’Europe. Rien d’étonnant à ce qu’en octobre 2024, le gouvernement de Michel Barnier décide d’ériger la santé mentale en Grande Cause Nationale pour l’année 2025. Après sa chute, le gouvernement de François Bayrou décide de confirmer ce choix. 

L’entreprise doit-elle se mobiliser ? 

L’entreprise ne peut pas se prétendre protégée, ni même indemne : le cabinet Empreinte Humaine prétend que 42% des salariés se considéraient en 2024 en situation de détresse psychologique. Ce chiffre semble improbable : comment nos entreprises tiendraient-elles debout si une telle proportion de salariés étaient réellement affectés ? Pourtant, il est repris partout, dans la presse et même dans les publications à caractère scientifique, alors même que ce cabinet se refuse à définir ce qu’il entend exactement par ce concept flou de « situation de détresse psychologique » dans ses enquêtes. 

Le dernier baromètre « Santé Mentale des Salariés » réalisé par Qualisocial et publié le 23 janvier 2025, propose un chiffre beaucoup plus modeste : 25% des salariés estiment être en mauvaise santé mentale (dont 4% « très mauvaise » et 21% « plutôt mauvaise »). A l’inverse, 59% des salariés estiment leur santé mentale « plutôt bonne » et 14% « très bonne », soit un total de 73%. Voilà qui est rassurant… mais bien contradictoire ! 

On distingue ici la première raison qui a longtemps tenu les entreprises éloignées de cet enjeu : les chiffres ci-dessus montrent des écarts très importants, ne serait-ce que sur la mesure du ressenti. Est-ce bien sérieux ? La réaction majoritaire des dirigeants et des DRH en découle : la « psy » n’a rien à faire à l’intérieur de l’entreprise, les diagnostics existants sont peu fiables et reposent sur des méthodologies approximatives, les modes managériales psychologisantes qui se sont développées dans le courant du développement personnel sont suspectes. D’après le quotidien Libération (1er février 2025), alors que le nombre de psychiatres en France diminue depuis 2016, la profession tente de contrecarrer cette évolution en lançant une campagne sur le thème « Non, nous ne sommes pas des charlatans ». C’est à voir…

Il faut dire que l’OMS définit la santé mentale de façon très large, comme : « Un état de bien-être qui permet de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la collectivité ». Ceci laisse place à des interprétations et à des interventions très larges… 

La démarche scientifique menée en France autour de la problématique des risques psychosociaux (RPS) a commencé à apporter des réponses convaincantes, notamment depuis 2009 avec la mission du collège d’experts sur les RPS présidé par Michel Gollac, sociologue et administrateur de l’Insee, qui a présenté les six dimensions de risques à caractère psychosocial. 

Dans sa chronique de L’Express du 28 novembre 2024, Pascal Demurger, Directeur général de la MAIF, constate l’émergence de ce qu’il appelle une « génération psy », alors que la santé mentale était un thème quasiment inconnu avant la crise sanitaire du Covid. Il se réfère à une étude sur « Les salariés et la santé mentale », réalisée par OpinionWay pour le Psychodon, publiée en septembre 2023, qui montrait que 17 % des salariés français disent consulter un « psy », ce qui est déjà beaucoup, même si l’étude précise bien qu’il s’agit plutôt « de consultations occasionnelles ». Cela pose l’hypothèse selon laquelle la crise sanitaire aurait favorisé une « consultation consumériste », notamment chez les plus jeunes, qui ont subi la triple peine (voir dans Management & RSE : « Coronavirus : triple peine pour la jeunesse et camouflet pour le développement durable »). L’effet générationnel est évident car cette proportion grimpe à 37 % chez les 18 – 24 ans et 28% chez les 25-34 ans, contre 9 % seulement chez les 50 – 64 ans. 

Certes, l’entreprise ne peut ignorer les troubles ressentis par les nouvelles générations. Mais est-elle le bon endroit pour agir efficacement ? En première analyse, on peut en douter. En effet, d’après l’étude Psychodon, les éléments pesant sur la santé mentale des salariés sont d’abord leur situation financière (40%), puis l’avenir en général (34%), puis l’environnement (réchauffement climatique, pollution, … 29%). La situation professionnelle ne vient qu’ensuite avec 28%. Cette distance entre les troubles psychiques et l’entreprise est confirmée par le baromètre Qualisocial, qui montre que parmi les facteurs qui dégradent le niveau de santé mentale, le premier est la faible confiance en l’avenir. Autant de facteurs sur lesquels l’entreprise a peu de prise. 

Qu’en est-il du côté de l’État ? Lorsqu’en octobre 2024, Michel Barnier, alors Premier ministre, avait annoncé que la santé mentale serait érigée en Grande Cause Nationale pour l’année 2025, il avait annoncé 4 objectifs prioritaires : 

  • la déstigmatisation, pour changer le regard des Français sur le sujet ;
  • le développement de la prévention et du repérage précoce grâce à des actions de sensibilisation et de formation dans tous les domaines ;
  • l’amélioration de l’accès aux soins sur tout le territoire (structuration des parcours de prise en charge, développement des nouveaux métiers, doublement du nombre de maisons des adolescents) ;
  • l’accompagnement des personnes concernées (logement, emploi, formation, loisirs,…). 

L’entreprise n’apparaît pas en tant que telle dans ces priorités. Pourtant, elle a un rôle irremplaçable à jouer. Dans sa chronique de L’Express du 28 novembre 2024, Pascal Demurger rappelle que 81 % des salariés estiment que la santé mentale est un enjeu préoccupant (Les salariés et la santé mentale, enquête OpinionWay, 2023) et ajoute : « Ils la lient évidemment à la qualité de leur vie professionnelle. Faut-il s’en désoler ou s’en réjouir ? Certains verront dans cette universalisation de la psychologie un affaiblissement, la marque d’une société fragile et incapable d’affronter l’adversité. D’autres y percevront au contraire un renforcement, une capacité à prendre soin de l’autre et à devenir plus résilient ». 

C’est évidemment cette seconde approche que nous retenons. 

Que peut faire l’entreprise ? 

L’entreprise ne peut plus esquiver l’enjeu de la santé mentale parce qu’elle est explicitement mise en cause par les salariés : pour près d’un quart des actifs (22 %), leur travail a un impact négatif sur leur bien-être psychologique. C’est l’un des constats qui ressort de l’enquête « Dans la tête des salariés français » (4.000 répondants), du cabinet Great Place To Work (GPTW) publiée le 4 février 2025. Un quart des femmes jugent leur travail nuisible à leur santé mentale, soit 6 points de plus que les hommes et 65 % d’entre elles considèrent le travail comme une source de stress (+7 points par rapport aux hommes). Cela fait écho au baromètre de la charge mentale des salariées réalisé par l’IFOP, qui montre que les femmes salariées ont le sentiment de toujours devoir « penser à tout, tout le temps, et pour tout le monde ». Le baromètre de Qualisocial met en évidence l’importance du critère de composition du foyer : la monoparentalité est un facteur clé dans l’aggravation de la santé mentale. 

L’entreprise dispose de leviers concrets pour agir sur la santé mentale de ses salariés. Selon l’étude GPTW, l’équilibre vie pro/vie perso fait partie des trois aspects du travail les plus importants pour les salariés français. Il se classe deuxième, après l’autonomie. La convivialité vient compléter le trio des aspects les plus importants du travail aux yeux des salariés. 

On peut y ajouter le management. Laurent Tertrais, Secrétaire national CFDT Cadres, chargé de la QVCT (Qualité de vie et des conditions de travail), rédacteur en chef de la revue Cadres, met justement l’accent sur le management dans une interview publiée par la Fondation Travailler Autrement le 12 février 2025 au sein de son dossier sur la santé mentale : « il faut donner aux managers des marges de manœuvre, les dessaisir de tâches hors-métier, les rapprocher de leurs collaborateurs et leur permettre de manager par le travail réel et vécu. Et les former à l’analyse de l’activité et au dialogue professionnel, les reconnaître pour cela, plutôt que de les accabler de reportings et de responsabilités prescrites ».

Il faut aussi rappeler que si le travail peut être à l’origine de souffrances psychiques, il est aussi un facteur positif à la santé mentale. Selon l’étude Great Place to Work, 60% des 25-34 ans estiment que leur activité professionnelle contribue à leur équilibre mental. Cette appréciation positive s’atténue avec l’âge : seulement 38 % des seniors perçoivent un effet positif du travail sur leur santé mentale. Le travail garde une place prépondérante dans l’existence : 71% des salariés y voient une source d’épanouissement personnel et 76% estiment qu’il leur permet de donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais ce sentiment d’avoir de l’impact ne fait pas tout car dans le même temps, 61% des collaborateurs déclarent que leur travail est source de stress et de fatigue. 

Parmi les enjeux de la santé mentale en entreprise, on peut bien sûr distinguer l’impact des conditions de travail, mais aussi l’insertion professionnelle des salariés ayant des maladies mentales (voir dans Metis « Je suis une personne, pas une maladie »). L’entreprise fait face à un sujet d’intégration des salariés ayant des troubles mentaux (schizophrénie, bipolarité, dépression, autisme, TOC, anxiété, déficit de l’attention…). Et on dit souvent que 50% des personnes affectées préfèrent se taire, par crainte de jugement. 

Quelles sont les causes de la dégradation de la santé mentale au sein des entreprises ? 

Pour certains, la cause de la dégradation de la santé mentale est évidente : le durcissement du capitalisme et l’intensification effrénée du travail due à la compétition mondiale. On se demande alors pourquoi la proportion de salariés qui consultant un « psy » selon l’étude Psychodon, soit 17%, est beaucoup plus élevée dans le secteur public (28%) que dans le privé. Et pourquoi, selon l’ensemble des baromètres, les activités les plus touchées sont le soin et l’éducation, des activités peu délocalisables et « à l’abri » de la concurrence internationale. 

Il faut donc faire l’effort de chercher ailleurs… tout en reconnaissant la complexité d’une problématique dont les causes sont systémiques. 

D’abord un certain dédain pour la qualité de vie et des conditions de travail (QVCT). Au-delà de la seule santé mentale, 61% des salariés français estiment que leur entreprise ne fait rien, ou juste des actions cosmétiques dans le domaine de la QVT, selon l’enquête GPTW. Voilà un défi de taille en matière de crédibilité, alors que l’amélioration des conditions de travail a souvent été traitée de façon cosmétique (voir dans Management & RSE : « De la QVT à la QVCT : mettre fin au contournement du travail »). 

Ensuite, une difficulté à faire jouer le levier essentiel qu’est le management. Il faut lire dans ce Numéro de Metis l’entretien de Jean-Marie Bergère avec Claire Le Roy-Hatala, auteure de La vérité sur les troubles psychiques au travail (Payot, 2024), qui nous dit : « On n’imagine pas à quel point un simple geste ou une parole sincère d’un collègue ou du manager sont cruciaux. Il n’y a pas besoin pour ça de Chief Happiness Officer ! ».

Il faut invoquer aussi le retard persistant de la France dans la prévention. Il est d’ailleurs très significatif que le baromètre Qualisocial souligne que l’enseignement et les services aux particuliers, notamment l’hébergement médico-social, sont les secteurs qui connaissent la plus mauvaise santé mentale, mais aussi ceux qui mettent en place le moins d’actions de prévention. 

Enfin, l’utilisation déficiente des ressources doit être contrecarrée. Interrogés par le baromètre Psychodon pour savoir s’ils disposent au sein de leur entreprise de ressources qui favorisent le bien-être et la santé mentale des salariés (formations, ligne téléphonique d’urgence, psychologue d’entreprise, …) seulement 17% des salariés répondent par l’affirmative et disent les utiliser. Pour les 18-24 ans, cela monte à 33% et pour les 25-34 ans à 28%, ce qui confirme l’effet générationnel. A cela s’ajoutent 19% qui déclarent en disposer mais ne pas les utiliser. On constate donc ici le premier enjeu : moins de la moitié des salariés disposant de ressources les utilisent, ce qui constitue un défi pour la prévention. Le second enjeu tient dans les 64% qui restent, qui eux, ne disposent pas de ces ressources.

L’envahissement des entreprises par les « psys » a également des conséquences délétères. Il se traduit par des plans d’action qui restent en surface. En voici un exemple représentatif avec un article de Maïté Hellio (« Santé mentale : comment les entreprises peuvent s’engager ») publié dans Hello Workplace le 17 octobre 2024. Il rappelle que « de la sensibilisation aux dispositifs d’écoute, les entreprises disposent de toute une palette d’actions pour préserver la santé mentale de leurs collaborateurs » et propose les actions suivantes : 

  • Effectuer des enquêtes « santé mentale » auprès des collaborateurs pour identifier les facteurs de risques et dédier des temps d’échange sur ce sujet au sein des équipes ;
  • Mettre en place des dispositifs d’écoute (hotline externe et gratuite, procédures d’alerte en interne) ;
  • Sensibiliser les managers ;
  • Sanctionner les comportements déviants (s’attaquer vraiment au management toxique) ;
  • Construire un plan d’actions et mesurer ses résultats (définir les indicateurs pertinents et les suivre). 

Une fois encore, on contourne le problème au lieu de l’affronter. On laisse de côté l’essentiel : rien sur la démarche de prévention primaire ; on ne parle ni du document unique de prévention des risques (DUER), ni du dialogue social, ni de la médecine du travail ! 

Disons un mot sur le DUER, l’outil essentiel de prévention, par ailleurs obligatoire pour toutes les entreprises depuis 2001. D’après un rapport de la DARES publié en août 2021 (« Chiffres clés sur les conditions de travail et la santé au travail », Synthèse Stat’ de la Dares, No 37, 25 août 2021), seuls 45% des employeurs déclarent disposer d’un DUER actualisé au cours des 12 derniers mois. Par ailleurs, seulement 40 % des DUER intègrent les risques psychosociaux (RPS)… Il est urgent de revenir aux fondamentaux… 

Décidément, la santé mentale est un sujet trop sérieux pour être laissé aux « psys » ! 

Quels sont les bénéfices de l’amélioration de la santé mentale pour l’entreprise ?

Au-delà de l’obligation légale de préservation de la santé à laquelle elles doivent se conformer, les entreprises ont intérêt à agir pour préserver une bonne santé mentale, car leurs propres intérêts économiques sont en jeu. La santé mentale devrait tenir une plus grande place dans les politiques de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) car c’est un outil de performance globale : elle favorise à la fois le bien-être des salariés et la performance de l’entreprise. 

Une mauvaise santé mentale est synonyme de coûts, pour l’État et pour l’entreprise. Les troubles psychiques et les maladies psychiatriques représentent le premier poste de dépenses de l’Assurance maladie. D’après Malakoff Humanis, les motifs psychologiques sont la principale raison de prescription d’arrêts de travail de longue durée : ils concernent 31% des salariés, un triplement depuis 2020 ! Cela confirme le rapport de l’OCDE intitulé « Promoting Health and Well Being at Work », selon lequel près de la moitié (48%) des personnes souffrant de problèmes de santé mentale ont été absentes du travail au moins une fois au cours de l’année précédente, contre un peu moins d’un tiers (30%) des personnes qui n’en souffrent pas. Et les auteurs du rapport de souligner que « le coût des troubles de la santé mentale pour le marché du travail s’élève à plus de 1.5 % du PIB dans les pays européens ».

Une mauvaise santé mentale est aussi synonyme d’opportunités manquées. Selon le baromètre Qualisocial, en moyenne, un salarié en bonne santé mentale affiche une capacité de concentration 2,4 fois supérieure, ainsi qu’un engagement accru de 39 % et une énergie 55 % plus importante que ceux en mauvaise santé mentale. De même, 83 % des salariés ayant accès à un plan de prévention complet constatent une amélioration de leur santé mentale. 

Il y a aussi un enjeu lié à la crédibilité vis-à-vis des collaborateurs et à leur implication dans le travail. Alors que près d’un quart des salariés considèrent que leur travail a un impact négatif sur leur santé mentale, seulement 30% estiment que leur entreprise met en place des actions de prévention et de soutien sur le sujet de la santé mentale, indique l’étude GPTW. Ce chiffre a progressé de 2 points en un an mais reste très bas. Comme souvent, la perception varie selon la position hiérarchique : 48 % des membres du Codir signalent que leur entreprise a mis en place ces actions, contre 40% des managers, 31% des managers de proximité et 24 % seulement des collaborateurs. 

Il faut aussi invoquer la marque employeur. D’après l’étude Workmonitor 2024 (enquête Randstad menée en ligne auprès de 27.000 personnes âgées de 18 à 67 ans qui travaillent dans 34 pays), 91% des salariés français considèrent l’attention portée à la santé mentale comme un facteur important dans le choix d’un employeur. 

Conclusion 

Finalement, progresser sur le sujet de la santé mentale n’est pas une démarche fondamentalement différente de celle de l’amélioration des conditions de travail au sens large. Il faut mettre en place un environnement de travail sain dans lequel les salariés peuvent s’exprimer librement, dans un climat de « sécurité relationnelle », comme le montrent les études d’Amy Edmondson et l’exemple de Google (voir dans Management & RSE : « Managers, construisez votre dream team : l’expérience de Google »). La création et l’animation d’espaces de discussion sur le travail jouent également un grand rôle dans la prévention (voir dans Management & RSE : « L’expression des salariés au travail : 7 bonnes pratiques pour réussir »).

Dans son étude de janvier 2024, Qualisocial a comparé un panel d’entreprises dans lesquelles est mise en œuvre une démarche de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) avec un autre panel d’entreprises dans lesquelles n’existe aucune démarche de ce type. Dans les premières, il y a 5 fois plus de salariés engagés et 3 fois moins de salariés activement désengagés. Les organisations les plus avancées en QVCT ont 91% de salariés en bonne santé en plus et 116% en plus qui sont satisfaits de leur vie. Autre enseignement clé de l’étude : dans les organisations qui ont déployé une politique de QVCT, il y a plus de 71 % d’organisations performantes par rapport aux organisations qui n’en ont pas déployé, tandis que parmi celles n’ayant déployé aucune politique de QVCT, on observe deux fois plus d’organisations sous-performantes. 

Pour l’entreprise, ignorer les enjeux de santé mentale de ses collaborateurs n’est plus une option. 

Pour aller plus loin :

« Santé Mentale des Salariés & QVCT », Baromètre 2025 réalisé par Qualisocial et IPSOS publié le 23 janvier 2025. 

« Les salariés et la santé mentale », Etude OpinionWay pour le Psychodon, Septembre 2023 (réalisée en septembre 2023 auprès d’un échantillon national représentatif de 1002 salariés français ; 78% dans le secteur privé et 22% dans le public). Malheureusement, cette étude n’a pas été réactualisée l’année suivante.

–  « Great Insights 2025 – Dans la tête des salariés français », enquête réalisée par l’institut Toluna pour le cabinet Great Place To Work et publiée le 4 février 2025 sur la base de 4.000 répondants issus d’un échantillon représentatif d’actifs français.

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J’aime le débat, la délibération informée, folâtrer sur « la toile », lire et apprécier la vie.

J’ai effectué la plus grande partie de mon parcours professionnel dans le Conseil et le marketing de solutions de haute technologie en France et aux États-Unis. J’ai notamment été directeur du marketing d’Oracle Europe et Vice-Président Europe de BroadVision. J’ai rejoint le Groupe Alpha en 2003 et j’ai intégré son Comité Exécutif tout en assumant la direction générale de sa filiale la plus importante (600 consultants) de 2007 à 2011. Depuis 2012, j’exerce mes activités de conseil dans le domaine de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) au sein du cabinet que j’ai créé, Management & RSE. Je suis aussi administrateur du think tank Terra Nova dont j’anime le pôle Entreprise, Travail & Emploi. Je fais partie du corps enseignant du Master Ressources Humaines & Responsabilité Sociale de l’Entreprise de l’IAE de Paris, au sein de l’Université Paris 1 Sorbonne et je dirige l'Executive Master Trajectoires Dirigeants de Sciences Po Paris.