par Christophe Teissier
Sens et place du travail
Dominique Peccoud (Dir.), Le Travail décent. Points de vue philosophiques et spirituels, Bureau International du Travail, 1ère édition, 2004.
Cette publication s’inscrit dans le cadre de l’Agenda pour le travail décent, initiative de l’Organisation Internationale du Travail. Son objectif est de contribuer à la réflexion sur les valeurs spirituelles susceptibles de donner un ancrage à cette stratégie. Il s’agit donc de présenter des analyses et points de vue de divers courants spirituels et religieux sur la notion de travail décent. On espère ainsi faire émerger des valeurs partagées pour forger des instruments pertinents de mise en œuvre de la stratégie évoquée. L’ouvrage rend compte de la consultation de représentants de plusieurs traditions distinctes, juives, chrétiennes, musulmanes, hindoue, bouddhiste et confucéenne notamment. Sa première partie rappelle l’enjeu lié à la promotion de valeurs universelles afférentes à la décence du travail dans le contexte de la globalisation économique. La seconde présente une synthèse des points de convergence entre les différentes traditions sollicitées .Enfin, la troisième expose les points de vue propres exprimés par les participants à la consultation. Au titre des convergences, on remarquera que le travail est partout connoté très positivement, celui-ci étant fondé sur l’appel divin au travail. Par ailleurs, le travail revêt une dimension spirituelle comme matérielle : non seulement il garantit la possibilité de subvenir à ces besoins, mais il participe également à l’épanouissement du travailleur et fait partie intégrante de la dignité humaine. Enfin, outre sa dimension personnelle, le travail recouvre également partout des dimensions sociales et spirituelles.
Alain Supiot, Critique du Droit du Travail, Les voies du droit, 1ère édition, PUF, 1994.
Cet ouvrage constitue sans nul doute aujourd’hui un point de passage obligé pour tous ceux qui, à un titre ou un autre, s’intéressent au droit du travail. Loin de constituer une analyse du droit positif, il s’attache à envisager les logiques et les «ressorts», souvent contradictoires, qui traversent le droit du travail. On ne s’étonnera dès lors pas qu’il s’ouvre par une introduction soulignant la difficulté à définir le travail. Ce dernier est-il une chose et donc un objet possible pour l’échange économique ? Est-il une personne en ce qu’il est «inséparable de la personne du travailleur»? C’est notamment en regard de ces questions que le droit du travail s’est constitué. Elles fournissent ainsi la matière à la première partie de l’ouvrage (intitulée «la personne et la chose»). On ne prétendra pas épuiser ici la richesse de l’analyse. Invitons simplement le lecteur à s’y reporter, en soulignant que le droit du travail a notamment permis l’émergence d’un statut juridique faisant place à la double dimension, personnelle et marchande, du travail.
Bernard Vivier, La place du travail, rapport, Conseil Economique et Social, 2003.
Ce document regroupe un avis du Conseil Economique et Social et le rapport ayant permis sa formulation, autour de la thématique générale de la place du travail. Dans cette mesure, le rapport embrasse un éventail très large de questions: évolutions affectant le contenu et l’organisation du travail, politiques sociales à destination des chômeurs et RMIstes, dysfonctionnements du marché du travail, etc…. On renverra cependant ici tout particulièrement aux développements spécifiquement ciblés sur le sens et les fonctions du travail (II. et III. du rapport). Ces dernières sont rappelées: assurer la subsistance du travailleur, permettre la satisfaction des besoins d’autrui, participer à la construction du lien social, etc…Plus avant, le document souligne la part du travail au sein des éléments constitutifs de l’identité de la personne. Enfin, il s’interroge sur la crise du travail en s’attardant notamment sur l’hypothèse de la fin de ce dernier. Une synthèse intéressante sur les multiples questions que pose le travail aujourd’hui.
Tony Blair, Our Nation’s Future, the Role of Work, Mars 2007
Nous renvoyons ici aux liens permettant d’accéder à la version retranscrite (http://www.pm.gov.uk/output/Page11405.asp) ou vidéo (http://www.pm.gov.uk/output/Page308.asp) d’un des discours tenus par l’ex Premier Ministre Britannique avant son départ du 10 Downing Street. L’intervention est ciblée sur les changements dans la nature du travail et les évolutions de l’économie britannique depuis 10 ans. Elle s’appuie notamment sur un rappel des grandes évolutions ayant affecté le marché du travail et les relations sociales en Grande Bretagne. Elle vise cependant avant tout à ouvrir des pistes pour l’avenir. A ce titre, l’accent est mis sur la nécessité de replacer le travail au sommet de l’agenda politique du Royaume «but in a different way» (than before, of course). L’avènement progressif de la société de la connaissance aurait en effet pour corollaire la nécessaire valorisation du capital humain. Il s’agirait donc de développer les moyens d’équiper les salariés pour s’adapter à la flexibilité requise par leur employeur, mais aussi pour construire l’équilibre auquel eux-mêmes aspirent entre leur vie personnelle et professionnelle. Sans que cela puisse surprendre, les mesures d’ores et déjà prises pour servir ces objectifs généraux sont rappelées.
Jean-Luc Charlot, Le travail support d’intégration ? Enjeux et questions,Séminaire du réseau LASER Insertion, octobre 2004
Ce texte est le support d’un intervention de Jean-Luc Charlot, sociologue et Responsable de projet au sein de l’association Développement et Emploi. Il permet de manière synthétique de s’interroger sur la place du travail en tant que vecteur d’insertion dans la société. L’introduction du texte souligne que le travail demeure un élément essentiel dans le processus d’intégration sociale des persones. Pour autant, l’auteur constate, en mobilisant la littérature sociologique de référence, que le travail n’est plus ce qu’il était durant les Trente Glorieuses. Plus précisément, le travail, comme moyen d’articuler un revenu et un statut social garantissant une certaine protection du travailleur, est mis en cause par un ensemble de changements profonds affectant l’organisation des activités productives, la nature des emplois et le marché du travail. Face à ces transformations profondes, les politiques d’insertion mis en oeuvre par les pouvoirs publics apparaissent profondément ambivalentes. Ce sont en définitive nos manières même de faire société dans un environnement incertain qui sont interrogées. Une bonne invitation à approfondir nos réflexions.
Jacques Attali, Vincent Champain, Changer de paradigme pour supprimer le chômage, Fondation Jean Jaurès, n°15, novembre 2005
Empruntant résolument au registre de la recommandation, cette note peut être analysée comme une proposition conduisant à dépasser la notion de travail pour y substituer celle, plus large, d’activité. On sait que le rapport Boissonnat (Le travail dans vingt ans), publié dans les années 1990, avait auparavant ouvert des pistes dans cette direction au travers de la proposition de création d’un contrat d’activité. Si l’orientation générale semble comparable (élargir le cercle des activités donnant accès à un statut social déterminé), il s’agit cependant ici d’une proposition beaucoup plus ciblée. Pointant l’incapacité des politiques de l’emploi classiques à véritablement lutter contre le chômage, les auteurs propose de reconnaitre comme socialement utile l’activité de chômeur (se former et rechercher un emploi). Cette reconnaissance s’établirait au travers d’un contrat d’évolution offrant rémunération, protection sociale et perspectives professionnelles, sur le modèle du contrat de travail. La collectivité deviendrait «l’employeur de dernier ressort» du chercheur d’emploi. Mécaniquement il en résulterait une supression du chômage.
Paul Lafargue, Le droit à la paresse, éditions Henri Oriol, 1883
Ce document constitue la version numérisée de l’ouvrage de Paul Lafargue visant à réfuter le droit au travail, affirmé en son temps par la Constitution de 1848. La numérisation est l’œuvre de la bibliothèque nationale de France (voir Gallica, bibliothèque numérique à http://gallica.bnf.fr/). Il s’agit bien évidemment d’un classique, un véritable pamphlet contre le travail. Ce dernier est présenté comme le produit d’une morale capitaliste «possédant» les classes ouvrières et ce, à leur détriment. Quelques mots valant mieux qu’un long discours, nous reproduisons ici quelques lignes, en forme d’appel au peuple, tirées de la conclusion de l’ouvrage : « Prolétaires, abrutis par le dogme du travail, entendez vous le langage de ces philosophes (nota bene: les philosophes grecs) que l’on vous cache avec un soin jaloux : – un citoyen qui donne son travail pour de l’argent se dégrade au rang des esclaves. Il commet un crime qui mérite des années de prison». Rafraichisssant, salvateur ou scandaleux ? Nous laissons le lecteur en juger.
Christian Ansperger, L’Etat social actif de gauche : authentique idéal de solidarité ou lamentable mascarade idéologique ?, Doch75, Université Catholique de Louvain, 18 Octobre 2000
Ce texte est issu d’une intervention de l’auteur, économiste, lors d’une journée de formation organisée en septembre 2000 par l’Université de Louvain la Neuve. Il s’inscrit dans le cadre des travaux de l’auteur afférents au champ de l’éthique économique et sociale. Dépassant la seule question du travail, il interroge le concept d’Etat social actif, notion ayant vocation à décrire les évolutions que le modèle de l’Etat Providence devrait intégrer pour continuer à garantir la cohésion sociale dans un environnement global profondément modifié.. Dans cette mesure, il permet de resituer dans un cadre général les réflexions susceptibles d’être menées quant à la place du travail aujourd’hui. Le passage de l’Etat Providence classique à l’Etat social actif reposerait notamment sur une interprétation renouvelée du lien entre travail et revenu. Ce sont donc les conditions (posées par les théories se référant à ce nouvel Etat social) imposées à un individu pour percevoir un revenu qui sont analysées dans ce document. Le texte s’attache à définir la notion d’Etat social actif avant d’analyser ses justifications éthiques, telles qu’elles peuvent se manifester «à gauche». Sans remettre en cause le bien fondé d’un tel projet de société, l’auteur fait clairement part de ses doutes quant à sa faisabilité.
Politiques actives de l’emploi.
Richard Layard, Welfare-to-Work and the New Deal, Centre for Economic Performance, London School of Economics, janvier 2001
Ce document s’interroge sur l’efficacité de la politique de Welfare-to-Work telle qu’elle se manifeste dans le cadre du «New deal for young people» britannique. L’auteur questionne donc l’impact d’une politique visant à activer les dépenses d’indemnisation du chômage. En d’autres termes : payer pour encourager l’activité plutôt que l’inactivité. L’auteur rappelle, dans une perspective économique, les grands traits de l’activation à l’anglaise, avant d’y intégrer le New deal for young people. Il s’attache ensuite à mesurer les coûts et les bénéfices de ce programme. Les conclusions sont enthousiastes quant à ses effets positifs, notamment si l’on considère certaines de ses caractéristiques (lisibilité de la politique menée aux yeux de ses destinataires, accompagnement fort des personnes).
Per H. Jensen, Activation of the unemployed in Denmark since the early 1990s. Welfare or Workfare?, Centre for Comparative Welfare State Studies, University of Aalborg, Janvier 1999
Ce document décrit et analyse les politiques initiées au Danemark dans les années 90, visant notamment à décentraliser la gestion des politiques de l’emploi et à réformer «l’activation». Pour ce faire, il livre une présentation globale des politiques destinées aux populations privées d’emploi pratiquées au Danemark, en les resituant dans leur évolution historique. L’activation fait l’objet d’une partie importante et spécifique des développements. C’est donc une analyse argumentée et synthétique du Workfare danois qui nous est présentée ici.
Timothée Mantz, «Le travail doit payer», la réforme de l’assurance chômage, Chroniques Internationales de l’IRES, n°105, Mars 2007
Cet article présente les réformes de l’assurance chômage adoptée en Suède en décembre dernier sous l’impulsion de la nouvelle majorité «conservatrice» élue en septembre 2006. L’indemnisation du chômage, couplée aux politiques actives de l’emploi constituant un pilier essentiel du «modèle nordique de flexicurité» tant évoqué aujourd’hui, on saisit sans peine l’intérêt de ce document. Il s’attache à présenter le dispositif d’indemnisation du chômage et les politiques de l’emploi en Suède, afin de souligner les modifications introduites par la réforme entrée en vigueur en janvier 2007. Cette dernière entend reforcer les incitations à la reprise d’un emploi (notamment en introduisant la dégressivité des allocations chômage) et à modifier le mode de financement de l’assurance chômage par une diminution de la particpation financière de l’Etat et une augmentation des cotisations sociales. Le texte fait état des réactions syndicales, négatives, face à la réforme.L’article conclut en soulignant que cette réforme, encore inachevée, semble préfigurer une évolution profonde et plus générale de la politique de l’emploi en Suède.

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