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Nous vivons depuis bien longtemps dans une société du travail et de la croissance synonyme de progrès. Beaucoup remettent en cause son évidence. La crise sanitaire y contribue à sa manière. Au-delà des comportements individuels, la sobriété collective est-elle à l’ordre du jour ? À partir de ses lectures, Jean-Marie Bergère dessine des chemins.

Soyons sobres ! Plus qu’un mot d’ordre, la sobriété s’impose comme le nom d’une doctrine voire d’une sagesse ou d’une philosophie. Pierre Veltz remarque dans son dernier livre (1) que « Frugalité volontaire, redéfinition du nécessaire et du suffisant ne sont plus des thématiques marginales ». Il ne s’agit pas de refuser le « dernier verre pour la route » ni même de faire « des petits gestes pour la planète », mais d’en faire une règle. Une règle individuelle et une règle globale pour répondre à l’urgence climatique. Contrainte ou projet de société, renoncement ou nouvel idéal ? Est-il possible de marier frugalité et désir ? Pourquoi cela semble-t-il si compliqué ? Tentons d’explorer ces questions.

Pas d’émancipation sans croissance, et réciproquement

S’il n’était question que d’humeur personnelle et d’une propension à l’intempérance, grâce à l’outil MyCO2 du cabinet Carbone4 (2) et l’âge aidant, je parviendrais sans doute à me « réformer » et à devenir un modèle de sobriété. Mais cela serait très insuffisant : « En insistant sur la responsabilité de chacun, on dépolitise le problème climatique, en mettant de côté les responsabilités de tout un système de production et d’organisation sociale, et en enfermant le débat dans un registre purement moral » (3). Là, les choses se compliquent. C’est que ce « système » semble solide. Il a fait ses preuves, a résisté à d’autres crises. Il est le produit d’un couple qui nous semble indestructible et qui a toujours préféré la conquête à la modération. Le mariage du progrès et de la croissance forme la trame d’un récit historique dans lequel nous avons appris à vivre, à penser et à espérer.

Pierre Charbonnier retrace l’histoire du lien qui unit la liberté et l’abondance (4). Depuis les Lumières, la promesse républicaine ne se résume pas aux idées d’égalité et de liberté, « Tout aussi importante a été la promesse de la fin de la pauvreté ». Adam Smith, reprenant des thèses du philosophe David Hume, voit dans la « perfection manufacturière », « l’accompagnement naturel d’une perfection morale des individus et d’un état social optimal ». Pas de liberté sans abondance et réciproquement. Cette équation justifie un accès illimité aux ressources terrestres, sans souci de leur restitution et des conséquences. L’intensification et la rationalisation du travail n’auraient pas donné un tel avantage à l’Europe occidentale sans l’extraction massive du charbon et la colonisation d’une large partie de l’Afrique et de l’Asie.

Le marxisme à sa manière théorisait la dialectique entre le développement des forces productives et le progrès social au sein des rapports de production. Pas d’émancipation tant que chacun n’a pas « selon ses besoins ». Il en a été tout autrement, mais le couple progrès-croissance a tenu bon.

Cette époque semble révolue. Pierre Charbonnier nous avertit : « Rien n’est plus matériel que la liberté, et en particulier la liberté des sociétés modernes, qui ont conclu avec les capacités productives de la terre et du travail un pacte dont les prémisses sont en train de s’écrouler ».

« Dont les prémisses sont en train de s’écrouler ». Le couple progrès-croissance se défait. Le constat est répété chaque jour : dérèglement climatique, pollutions, canicules, inondations, ouragans, incendies monstres se succèdent, la biodiversité recule à une allure insensée. Les éléphants sont en danger d’extinction et les populations d’oiseaux se sont réduites d’un tiers dans les campagnes françaises. Et notre prospérité matérielle n’y est pas pour rien. La diffusion rapide du terme d’anthropocène pour caractériser notre époque, celle durant laquelle les êtres humains sont devenus une « force géologique » de plus en plus incontrôlable, de nombreux indicateurs y présentant des courbes de type exponentiel, en témoigne.

Des récits porteurs d’espoir

Comment penser cette époque nouvelle ? Est-il possible de la penser autrement qu’en termes de déclin, d’effondrement, de catastrophe ? Naomi Klein annonce le défi qui est devant nous en ces termes : « Il faut impérativement contrebalancer le constat lucide sur l’état du monde par des récits porteurs d’espoir ». (L’Obs du 15 avril 2021). Alors même que la croissance économique est jusqu’à aujourd’hui « la seule modalité dont disposent les sociétés modernes pour lutter contre le chômage et faire rêver à un avenir meilleur » (5), il nous faut tenter de repérer d’autres lueurs d’espoir.

Ne peut-on pas sauver le couple croissance-progrès ? Des découvertes scientifiques et technologiques peuvent peut-être les rabibocher, elles l’ont fait si souvent par le passé. La croissance verte appuyée sur les technologies vertes et alimentée par les investissements de la finance verte leur donnerait une nouvelle raison de s’imaginer un avenir commun. Le marketing, accusé de créer des besoins superflus et la surconsommation, se déclare prêt à servir la cause adverse. Pour promouvoir une voiture à hydrogène, Toyota a osé le slogan « Plus vous conduisez, plus vous purifiez l’air » (6). On a envie d’y croire, mais on redoute ce que Pierre Veltz appelle « les diables dans la boîte » (7): la démographie, l’effet rebond et la complexité technologique croissante des produits, qui se conjuguent pour annuler les gains d’efficacité-ressources par un surcroit de consommation. La vitesse de création des « emplois verts » semble inversement proportionnelle à celle de la dégradation du climat et de la biodiversité.

À l’inverse, on peut marier le progrès et la décroissance. Ce renversement radical n’est pas sans attrait. Il répond à l’urgence que les scientifiques clament. Mais que peut-il signifier pour la partie de la planète — en France et ailleurs — sur laquelle règnent la précarité, la pauvreté, les famines, le manque d’eau potable, la guerre et qui aimerait simplement ne pas manquer de l’essentiel et pouvoir rêver d’une amélioration des conditions matérielles de son existence ? Cinq millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté. Pour eux pas de dignité possible sans accès au logement, à l’emploi, aux transports, à l’éducation, aux droits.

Une autre hypothèse est plus préoccupante. Daniel Cohen posait cette question : « que deviendra le monde moderne si la promesse d’une croissance indéfinie est devenue vaine ? Saura-t-il trouver d’autres satisfactions ou tombera-t-il dans le désespoir et la violence ? » (8). Naomi Klein met en garde contre la tentation d’instrumentaliser la crise écologique et « de canaliser les craintes qu’elle inspire vers l’hostilité envers les migrants, la violence et la haine ». La violence à craindre n’est pas seulement celle de la rue. Elle peut être celle de gouvernants autoritaires, ne cherchant plus à convaincre et imposant un nouvel ordre « moral-écologique ».

Elle est aussi le fait de ceux qui prenant acte du divorce entre progrès et croissance, entre émancipation et abondance, choisissent de faire sécession et songent à se réfugier dans quelque enclos « survivaliste » ou pour riches happy few, voire sur la planète Mars. Pierre Charbonnier pointe le risque en ces termes : « devant le constat selon lequel il n’y a plus de monde susceptible d’héberger le projet d’accroissement infini de l’économie, ses défenseurs ont préféré liquider l’idée d’un monde commun pour se construire d’illusoires canots de sauvetage idéologiques ». « Quitte à mourir autant que ce soit en Saint Laurent », chantait Arielle Dombasle.

Des réponses institutionnelles, alliant déclarations solennelles, plans d’actions et budgets, s’organisent. COP 21 et suivantes — rappelons que ces Conférences of the parties se réunissent une fois l’an depuis 1995 —, Green New Deal aux États-Unis et en Europe, Leaders Summit on Climate à l’invitation de Joe Biden, la Loi Climat en France qui suit la CCC, Convention Citoyenne pour le Climat. Il faut toutes les prendre au sérieux, mais, même réellement mises en œuvre — on est en droit de douter au moins des délais et du rythme de cette mise en œuvre — elles ne suffiront pas. Il leur manque la capacité à « inclure des politiques sectorielles dans une vision systémique, mais surtout à les replacer dans une perspective politique globale, dans un nouveau récit positif susceptible de mobiliser l’adhésion des citoyens — et même plus simplement leur compréhension » (9).

Sobriétés

Dans un texte prémonitoire publié en 1989, Félix Guattari affirmait la nécessité de penser « d’un seul tenant » l’écologie environnementale, l’écologie sociale et l’écologie mentale, tout en les distinguant du point de vue des pratiques qui les caractérisent. Il ajoutait (en 1989) : « faute d’une ré-articulation des trois registres fondamentaux de l’écologie, on peut malheureusement présager la montée de tous les périls : ceux du racisme, du fanatisme religieux, des schismes nationalitaires basculant dans des re-fermetures réactionnaires… » (10)

L’émergence de la sobriété comme thème central de nombreux écrits ou discours, est certainement due au fait qu’elle tente à sa manière une synthèse entre ces « trois écologies ». Le mot ne désigne pas une politique sectorielle ni une responsabilité unique. Il peut concerner et guider aussi bien l’économie et ses valeurs instrumentales, que la politique et ses valeurs sociales et éthiques, et la culture et ses valeurs esthétiques et spirituelles.

En matière économique et environnementale, Pierre Veltz pose la question qui doit nous préoccuper afin de réduire les flux de matière et d’énergie, non pas tant « comment produire », mais « que produire » ? La question politique et sociale se confond avec celle de la justice sociale. « Ce sont les 10 % des personnes les plus riches qui émettent 50 % des Gaz à effet de serre. Donc, il est clair que sans leur sobriété à eux, jamais la planète n’encaissera un niveau de vie correct pour les autres » (11). Qu’en est-il du troisième terme, « l’écologie mentale », où se jouent l’adhésion des citoyens et l’engagement individuel. Existe-t-il un imaginaire de la sobriété qui nous fasse rêver ?

Pierre Rabhi, fondateur du mouvement des Colibris, « essayiste, romancier, agriculteur, conférencier et écologiste » selon Wikipédia, la qualifie d’heureuse. À le voir, à l’écouter, on se dit que, en ce qui le concerne, le qualificatif n’est pas usurpé. Mais peut-on en faire une généralité ? Un « récit porteur d’espoir » ?

La Pacte civique initié et animé par Jean-Baptiste de Foucault, auteur en 2010 de L’abondance frugale, pour une nouvelle solidarité (Odile Jacob) propose de faire le « choix des sobriétés ». Il liste ce que la sobriété ne doit pas être pour espérer être acceptée. Elle ne doit pas être injuste en pesant plus sur les personnes en difficulté, ni ascétique et triste : « elle doit être une autre manière de trouver la joie, de chercher des formes nouvelles de bonheur, moins matérialistes et plus relationnelles ». Il la souhaite créative et fraternelle.

Un difficile sevrage

L’hubris est pointée comme ce qui fait obstacle. Chez les Grecs anciens l’hubris désignait la démesure, l’orgueil, l’insolence, la violence. Elle provoque en retour la colère et la vengeance des dieux. Le Second Manifeste Convivialiste, initié par Alain Caillé et signé par près de 300 chercheurs de plus de trente pays, fait de l’illimitation, de l’hubris « la mère de toutes les menaces », le « problème central que l’humanité doit maintenant affronter résolument » (12). Après avoir salué les « progrès techniques et scientifiques foudroyants » accomplis par l’humanité, les auteurs alertent sur leur puissance « désormais illimitée et potentiellement autodestructrice ». À noter que Le Premier Manifeste Convivialiste publié en 2013, s’il évoquait le danger de l’hubris et l’interdit de « basculer dans la démesure et dans le désir infantile de toute-puissance » ne le mettait pas au centre de sa réflexion.

Pablo Servigne, dans l’introduction au livre du Pacte Civique, s’en prend à « l’euphorie de la démesure, de l’hubris », qu’il compare à une drogue, une « manière maladroite de compenser un mal de vivre créé par un monde vidé de son sens ». Bernard Stiegler parlait lui aussi d’addiction. Dans son dernier livre, il cite James Lovelock : « En tant que civilisation nous ressemblons trop à un toxicomane addict à une drogue qui le tuera s’il continue et qui le tuera si elle lui est soudainement retirée ».

Cette métaphore est inquiétante, mais elle ouvre une perspective. L’ivresse et ses errements, l’hubris, ne sont pas constitutifs d’une supposée « nature humaine ». Ils sont plutôt une conséquence du mal de vivre, de cette oscillation que nous connaissons entre burn out et bore out, une tentative pour l’oublier. La démoralisation et la recherche de « paradis artificiels » qui l’accompagne sont le produit de cette civilisation matérielle. Si le dénuement est contraire aux idéaux de liberté et d’égalité, l’accumulation, cet « absurde empilement de possessions » (13) nous fait perdre le sens de ce qui compte vraiment. Hannah Arendt parlait de désolation pour nommer la condition de l’homme réduit à ses fonctions de producteur et de consommateur, individu désengagé, abstentionniste, qui perd tout horizon de sens, toute boussole, pour s’orienter.

Mais les addictologues le savent, le désir de désintoxication, s’il existe toujours, est fragile, sporadique, les rechutes sont fréquentes. Être sobre, oui, mais pour quoi faire ? Il faut que ça vaille la peine. Sur quoi fonder une vision du monde alternative et porteuse d’espoir ? Pouvons-nous vivre des expériences qui ne dépendent pas du couple production-consommation et de ses exigences d’efficacité et de compétition, et qui soient suffisamment gratifiantes et stimulantes ? Quelles expérimentations dessinent dès maintenant les contours d’un futur vivable dans un monde durablement habitable ?

Les utopies concrètes

Commençons par le plus concret. Dans Metis, avons commenté plusieurs ouvrages qui tentent d’identifier des « îlots alternatifs » (Michel Lallement, mars 2015 ; Erik Olin Wright, janvier 2018), où s’inventent ce qu’ils appellent des utopies réelles, réalistes ou concrètes. Plutôt qu’imaginer ex nihilo un monde idéal et négocier des réformes globales, il s’agit de déceler dans ce qui se fait déjà les anticipations de transformations possibles, viables et désirables. Il faut plonger dans ces « laboratoires du changement social », « ces archipels convivialistes » (14). Les formes que peut prendre « la part non fatale du devenir » s’y trouvent. Timothée Duverger vient de publier Utopies Locales, les solutions écologiques et solidaires de demain (15). Il observe les Pôles territoriaux de coopération économique, les tiers lieux, les projets de revenu de transition écologique, les budgets participatifs, toutes ces initiatives portées par des associations, coopératives et autres entreprises sociales pour y déceler les prémisses du monde d’après, « une société post-croissance, une société où primerait la finalité de bien vivre ».

La vie bonne

Hartmut Rosa (16) explore ces moments pendant lesquels nos désirs et nos jugements s’accordent, où notre voix intérieure et un appel extérieur sont en phase. C’est ce jeu de réciprocité entre efficacité personnelle et émotion, la rencontre entre ce qui a de la valeur pour moi et ce qui a de la valeur pour le monde, qu’il appelle « résonance ». Une corde vibre entre nous et le monde. Précisant ses réflexions sur l’accélération, cette « croissance quantitative par unité de temps », « sans but ni fin », Hartmut Rosa propose une définition de la « vie bonne » affranchie des pathologies de la suractivité. Ce qui compte c’est « l’expérience de notre capacité à produire nous-mêmes quelque chose, à atteindre le monde ». Elle est une expérience de la « vie bonne », simultanément corporelle, émotionnelle et cognitive. La possibilité d’une alternative à une civilisation « tributaire de la croissance, de la densification de l’innovation et de l’accélération pour conserver et reproduire sa structure », se dessine.

Edgar Morin, à la suite de Georges Bataille, vante la « consumation » : « Il faut accepter la consumation, la poésie, la dépense, le gaspillage, une part de folie dans sa vie… et c’est peut-être cela, la sagesse » (17). Il l’oppose à la consommation qui « est un phénomène de supermarché ». Il ne s’agit pas de rejeter la promesse des Lumières, conjuguant le progrès matériel, politique et moral, mais de prendre acte qu’elle a été trahie en se soumettant à un impératif de croissance infinie synonyme de domination et de pillage de la nature et de tout ce qui n’est pas « humain ».

Les nouvelles Lumières

Ce n’est pas seulement la tentation de la toute-puissance ni la croissance comme seul horizon économique qui sont mises en cause. C’est la vision du monde qui les sous-tend. On connaît tous le Discours de la Méthode (1637) de René Descartes et son invitation à « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Ça a commencé avant lui. La tradition chrétienne donne aux hommes un statut particulier et privilégié par rapport au reste de la « Création » : « Dieu créa l’homme et la femme à son image, les bénit et leur dit : “Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la ; dominez sur les poissons de la terre, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre” ».

Corinne Pelluchon (18) s’attaque à ces traditions : « Les Lumières doivent faire leur autocritique. Dans le contexte écologique, technologique et géopolitique actuel, une révision de leurs fondements conduisant au dépassement de leur anthropocentrisme et de leurs dualismes, en particulier de celui qui oppose la nature et la culture, est la seule manière de prolonger leur œuvre d’émancipation individuelle et sociale ». Il ne s’agit pas de rejeter l’usage de la raison, mais de s’opposer au « rationalisme dévoyé qui est fondé sur une triple domination — de la nature, de la société et de la vie psychique ». C’est lorsque la raison devient un simple outil de mesure, « qu’elle se dégrade et s’autodétruit ». Ce qui est remis en cause, ce n’est pas l’autonomie de la raison, l’esprit critique, le progrès scientifique et le projet d’émancipation. Ce qui l’est radicalement, c’est la traduction qui en a été faite, de domination de la nature et d’exploitation illimitée de ses ressources. C’est la répression de notre sensibilité, le refus de voir la communauté de destin qui nous unit à la nature et aux vivants, humains et non-humains. C’est la tendance des sciences et des techniques « à manipuler le vivant, à le réifier pour le contrôler et s’en servir au lieu d’interagir avec lui en respectant ses normes propres et son milieu ».

On pense à la fable de la colombe de Kant qui en volant sent la résistance de l’air et imagine qu’elle volerait bien mieux dans le vide, en oubliant que l’air est son appui.

Conclusion

La sobriété est aujourd’hui un drapeau qui peut réunir les multiples champs que la transition écologique bouscule. Toutefois pour qu’il permette de « secouer l’hébétude d’une civilisation tétanisée par sa propre maîtrise » (19), elle ne doit pas se satisfaire d’être le nom de leçons de morale prônant la modération en toutes choses ou de politiques vagues dont le contenu économique et social resterait à définir. Les expérimentations in vivo de ce que pourrait être une vie bonne et un nouvel art de vivre en accord avec notre milieu technique autant que naturel, source de liberté et de créativité plutôt que la ressource épuisable d’une croissance carbonée et sans but ni fin, tentent de penser « d’un seul tenant l’écologie environnementale, l’écologie sociale et l’écologie mentale ». Les pistes esquissées ici dessinent un monde attentif, imaginatif, jubilatoire, changeant le toujours plus en toujours mieux, comme d’autres changeaient le plomb en or. Le progrès s’y est émancipé de sa relation toxique avec la croissance. Il a rencontré la sobriété. En fera-t-il sa nouvelle compagne ? Sait-il lui-même ce qu’il veut ? À suivre.

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Directeur d’une Agence régionale de développement économique de 1994 à 2001, puis de l’Association Développement et Emploi, devenue ASTREES, de 2002 à 2011. Président du Comité Emploi à la Fondation de France de 2012 à 2018. Membre du Conseil Scientifique de l’Observatoire des cadres et du management. Consultant et formateur indépendant. Philosophe de formation, cinéphile depuis toujours, curieux de tout et raisonnablement éclectique.