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Flamands et Wallons : une lecture sociale du conflit

publié le 2007-12-15

Stéphane Balthazar, chercheur à la fondation André Renard, le bureau d’étude, recherche et formation de la Fédération Générale du Travail de Belgique, décrypte la crise traversée par son pays.

Quelle est votre lecture sociale de ce conflit qui oppose depuis plusieurs mois les communautés wallonnes et flamandes ?

Les revendications des partis flamands ne sont pas seulement linguistiques. Ils demandent aussi à évoluer vers plus d’autonomie vis à vis de l’Etat fédéral. Cela passe notamment par une régionalisation de la Sécurité sociale et de la politique de l’emploi. Pour les plus radicaux, il n’est pas juste que les Flamands, dont le taux de chômage est moins élevé, paient pour les Wallons. Mais s’il y a bien une volonté de dé-fédéraliser la Sécurité Sociale, c’est seulement dans les domaines où les Wallons reçoivent plus qu’ils ne contribuent, à savoir l’indemnisation chômage et la politique familiale.
Il n’en est pas question pour le domaine de la vieillesse et le financement des retraites. La population flamande est plus frappée par le vieillissement que les Wallons. La solidarité s’exerce là en sens contraire. Les différences entre les deux communautés sont d’ailleurs souvent caricaturées avec d’un côté, la riche Flandres et de l’autre, la pauvre Wallonie et ses paresseux habitants. En fait, le niveau de développement flamand est beaucoup plus homogène qu’en Wallonie où les disparités entre arrondissements sont significatives. Sept de ses vingt provinces ont un PIB par habitant et un revenu net disponible supérieurs à la moyenne belge et à certains arrondissements flamands.

Est-ce que la crise pourrait déboucher sur une partition de la Belgique ?

Je n’y crois pas du tout. Ce conflit oppose les partis politiques flamands et wallons mais il n’a guère de relais dans l’ensemble de la population. S’il existe bien des frictions dans les communes flamandes habitées majoritairement par des francophones, ces difficultés linguistiques sont montées en épingle, mais elles ne sont pas du tout représentatives de l’état d’esprit général. La Wallonie a commencé depuis plusieurs années à enrayer son déclin et à rattraper son retard. Ce redressement s’est opéré à travers une forte interpénétration des deux économies. Leurs intérêts sont aujourd’hui très étroitement liés. Les organisations patronales et syndicales s’accommodent très bien des différences linguistiques et ne tiennent pas un discours aussi radical que les politiques. Ce conflit est davantage la traduction d’un décalage entre représentants politiques et citoyens belges. Nous nous acheminons, certes difficilement, vers une énième réforme institutionnelle et une évolution vers un Etat confédéral mais il n’y aura pas de balkanisation de la Belgique.

Propos recueillis par Frédéric Rey

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