Les eurodéputés Guy Verhofstadt et Daniel Cohn-Bendit baptisent par cette injonction leur livre en faveur d’une Europe fédérale, qu’ils présentaient à Paris. Les chefs de file des députés libéraux-démocrates (ALDE) et des verts (Europe-Ecologie) prônent la création d’un véritable gouvernement européen, d’une armée commune, d’un socle de sécurité social commun, d’un passeport européen, et d’un véritable budget pour l’Europe. Leurs propositions sont suivies d’une interview croisée par Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, lui-même fédéraliste convaincu.

Les deux hommes, revenus l’un du marxisme et l’autre du thatchérisme, justifient cette déclaration politique commune. Selon eux, il faut « amorcer un mouvement pour les élections de 2014 » qui amèneront au renouvellement du Parlement et de la Commission. Guy Verhofstadt plaide même pour la création d’une « alliance pour l’Europe » transcourant – sur le modèle du groupe Spinelli. Cette nouvelle force politique pro-européenne devra s’imposer contre les « eurosceptiques et les pro-européens mous ». En principe, DCB ne fera pas partie de cette aventure, parce qu’il se retire de la vie politique.
Les auteurs estiment qu‘ils ont rédigé ce manifeste « par nécessité » et non par idéalisme. « L’idéalisme c’est de croire qu’on peut sortir de la crise avec les instrument actuels » rétorque Daniel Cohn-Bendit . « La crise que nous vivons n’est pas une crise économique. C’est plutôt une crise politique aux conséquences économiques », ajoute son comparse.
Pour le moment, la fédéralisation se fait « en catimini ». Il faut donc « mettre les partis politiques devant leurs responsabilités » estime Daniel Cohn-Bendit. Entre autres, l’Union Européenne devrait avoir un projet industriel européen reposant sur les énergies renouvelables, les transformations économiques pour un new deal écologique.
Un programme commun
Guy Verhofstadt déplore par exemple l’absence de réflexion sur la sidérurgie européenne. Pour le moment, l’Europe est « impuissante face à Arcelor Mittal, parce qu’Arcelor a mis les Etats en concurrence entre eux ». Ils imaginent aussi créer un fonds social, qui permette de sécuriser les salariés victimes de restructurations, voire qui assure la relance dans les Etats membres les plus en difficulté.
Ils détaillent un budget européen qui passerait de 1 à 5% du PIB européen grâce à la taxe sur les transactions financières (30 milliards), une taxe energie-climat (10 milliards) ou encore la convergence de la fiscalité (notamment un impôt sur les entreprises uniforme de 20%).
« Si vous avez un budget conséquent, il vous faut un contrôle démocratique conséquent. Ce manifeste compte ouvrir un débat sur une future réforme politique. Après les élections européennes de 2014, les députés pourraient former une constituante, établir une loi fondamentale de 15 pages, qui reprendrait la charte des droits fondamentaux et décrirait les fondements et l’architecture institutionnelle de l’Union. Selon le Vert : « Il faut qu’on vienne au moment où les peuples prennent la décision en la proposant par référendum dans tous les pays entre 2016 et 2017. Elle sera acceptée si la majorité des citoyens disent oui ».
Il défend aussi l’idée que tous les partis européens devraient faire des campagnes européennes, comme Europe Ecologie en 2010. « Vous créez ainsi un véritable espace politique et espace public européen. Les médias s’organisent en conséquence. Les débats seraient peut-être plus rationnels ».
Les auteurs du livre espèrent contribuer au débat. Il sort simultanément en six langues. « Vous verrez, dans 100 ans, les linguistes l’étudieront comme la Bible de l’Europe » s’amuse Daniel Cohn-Bendit. Quant aux historiens, ils s’attarderont sûrement sur les modes d’édition. En France, l’engagé Actes Sud, en Italie, le géant Mondadori. En revanche, au Royaume-Uni, la publication a dû se faire par le biais d’Amazon. Mieux, en Grèce, 40 000 exemplaires seront distribués gratuitement. Pour recoller les morceaux, peut-être.
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