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par Pernilla Lundblad

Le nouveau gouvernement suédois, issu de la coalition de droite, a gagné les élections de septembre 2006 en promettant d’augmenter le taux d’emploi. Il a commencé son mandat en annonçant en octobre dernier, via son projet de budget, son intention de fermer l’Institut national suédois sur la vie au travail.

Ce centre de recherche a contribué à approfondir la compréhension de la vie au travail et des conditions d’emploi, non seulement en Suède mais dans toute l’Europe. Sa recherche multidisciplinaire couvre, entre autres, la santé au travail (ergonomie, stress, organisation du travail), les relations industrielles, le droit du travail, l’intégration et la non-discrimination. L’institut collabore avec l’industrie, les partenaires sociaux, un grand nombre d’universités et d’autres acteurs dans le monde entier. Il participe aussi à de nombreux programmes de coopération internationale.

Il faut diminuer la bureaucratie d’Etat !

Mais pour le gouvernement, il faut diminuer « la bureaucratie de l’État » ! « La recherche de l’institut est de bonne qualité », a dit récemment le nouveau Ministre du travail Sven Otto Littorin, mais elle doit être « libre et s’effectuer au sein des universités et non pas dans une agence gouvernementale spécifique ». Or, le gouvernement ne prévoit aucune mesure permettant de poursuivre les recherches en dehors de l’institut. Le marché tranchera ! En d’autres termes, dit le Ministre « si la recherche est vraiment importante, elle pourra être financée par les universités ou par les partenaires sociaux ».

L’institut cessera donc d’exister le 1er juillet 2007. Ses 390 employés – dont la plupart sont des chercheurs – seront donc licenciés en début de l’année 2007. La rapidité de la fermeture est sans précédent en Suède, ce qui interroge en tant que tel le fameux modèle suédois de concertation sociale mais qui pose aussi un problème pratique: il sera très difficile – voire impossible – pour les chercheurs de trouver les ressources nécessaires pour continuer leur recherche ailleurs. Mikael Sjöberg, Directeur Général de l’institut, est bouleversé: ”Le fait qu’un grand nombre de personnes perdent leur travail est déjà grave. En plus, une grande partie de la recherche risque d’être perdue.”

Des similarités avec la fin du Commissariat au Plan ?

Suite à cette décision, le Ministère suédois du travail a reçu de nombreux messages de protestation de la part d’intellectuels, d’universités et d’instituts de recherche autour du monde. Cependant, rien n’indique pour l’instant que le gouvernement va changer de cap. On notera d’ailleurs qu’en Allemagne, l’Institut für Arbeit und Technik a été soumis en 2005 au même type de décision, suite au changement de majorité à la tête du Land de Rhénanie Westphalie. Mais là au moins, le processus de restructuration et la recherche de solutions avec les universités de la région est plus étalé et plus responsable ! Peut-on enfin trouver, toutes choses égales par ailleurs, des similarités avec la fin du Commissariat français au Plan et sa transformation en un vague Conseil d’analyse stratégique ?

Pernilla Lundblad (Institut sur la Vie au Travail) avec
C.E. Triomphe

 

Cet enterrement d’un institut de recherche national et public n’est pas sans nous interroger. Sur l’emploi d’abord comme le souligne Pernilla Lundblad qui appartient à cet institut. Vu de France, le modèle social suédois semble plutôt enviable mais le vent du libéralisme souffle fort. Le gouvernement annonce de nouvelles mesures, mise à l’amende des chômeurs qui ne recherchent pas activement un emploi, triplement des cotisations chômage et baisse des indemnisations. Si ça passe, il va falloir réviser notre grille de lecture.

Par ailleurs c’est toute la question de la recherche en sciences sociales, de son utilité et de son utilisation que pose cette actualité. La Suède n’est pas un cas isolé en Europe, les mêmes velléités ont vu le jour en Allemagne et sont reprises dans le programme du candidat de droite aux présidentielles en France. Cela méritera certainement que l’on s’y attarde dans un prochain numéro.

Pour en savoir plus, le site de l’institut suédois (en anglais) : http://www.arbetslivsinstitutet.se/en/

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