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Les scores aux dernières européennes, du FN en France, de l’UKIP au Royaume Uni, de la NVA en Flandres, du Parti du peuple au Danemark sans parler du Jobbik hongrois, des « vrais Finlandais » et autres étaient attendus. Ils ont été hélas confirmés. Absence de projet et de vision, discrédit des élites politiques, économiques ou sociales, construction européenne à la dérive, peur et rejet de l’autre, corruption endémique et j’en passe : à Metis, nous n’avons cessé d’alerter sur ces signaux qui se sont multipliés puis ont fini par se cristalliser autour d’une offre politique délétère mais qu’il serait fou de traiter à la légère. Et l’affliction, pas plus que des manifestations contre le FN ou autres vaines dénonciations ne sauraient tenir lieu de ripostes appropriées. 

 

Certains sont tentés de relativiser : au niveau européen, ces partis, divisés, ne pèseront guère et les pouvoirs restreints du Parlement européen constituent une limite objective à leur influence. En outre, pour ce qui concerne le FN et certains de ses homologues, la progression en voix n’est pas au rendez-vous et son score est largement dû à l’abstention des « autres ». Enfin, au niveau national, les Parlements comme l’immense majorité des collectivités publiques restent gouvernés par des forces « raisonnables ». L’arrivée au pouvoir de l’extrême droite n’est donc pas pour demain. Et pourtant…

 

Tout change si nous prenons la peine de nous projeter dans le temps. Car les idées d’aujourd’hui font les projets, les politiques et les actions de demain. Or c’est justement là que le bât blesse. Les analyses faites autour de la montée des populismes ressortent de deux grandes catégories: la droite privilégie la montée des insécurités physiques, et la gauche celles des insécurités économiques. Ces schémas sont insuffisants et contre productifs. Ils négligent d’autres types d’insécurités comme celles qui ont trait à la remise en cause des modes de vie et d’être ensemble. Cette réflexion est aujourd’hui balbutiante alors que le FN lui s’en est saisi. Pour ce qui concerne la gauche, ce sont ses grilles de lecture et d’action marquées d’un côté par un économisme persistant et de l’autre par un modèle culturel axé sur la non discrimination et l’ouverture à la globalisation qui conduisent largement à son incapacité à comprendre et à agir. Or, tout et de loin ne relève pas du renversement de la courbe du chômage ! 

 

Nous plaidions dans le dernier édito pour une Europe qui irait à nouveau de l’avant, pour un projet novateur, pour une démocratie élargie…. Or les pouvoirs en place semblent privilégier plus que jamais le repli, le court terme, quand ce n’est pas l’autisme ou le déni. Alors que le chantier de la reconstruction – d’une compétitivité soutenable, d’un projet de société, d’un contrat social, d’un créer et d’un vivre ensemble – est plus urgent que jamais, nous en sommes déjà à discutailler sur qui de Juncker, Barnier ou autres présidera la future Commission sans jamais avancer les trois ou quatre idées centrales qui constitueraient les axes de son futur mandat. Idées qui se doivent d’être « parlantes » – eh oui le FN sait parler aux gens et notamment aux plus modestes ! – autant que porteuses de progrès et d’espoir pour les Européens.

 

Il est peut-être trop tard pour que celles et ceux qui gouvernent aujourd’hui apportent des réponses à la hauteur de ces défis. Mais il n‘est pas trop tard pour vous et nous. Il n’est pas trop tard pour toutes celles et ceux – ils sont nombreux ! – qui n’abdiquent pas et qui sont prêts à s’engager dans des actions, des fabriques à idées et à projets susceptibles de donner à l’avenir une autre couleur que le noir et une « common decency » qui nous transcende. L’Europe fourmille d’initiatives innovantes, généreuses et ce dans de multiples domaines. Les générations les plus jeunes sont sans doute plus ouvertes à des constructions à la fois audacieuses et transnationales que leurs aînés qui certes en parlent mais les craignent au moins tout autant. Celles et ceux qui sauront bâtir avec eux et fédérer ces énergies détiendront une bonne part de la réponse à la manière de faire face aux impasses et aux dangers du présent. Metis est prêt à s’associer à toute initiative qui irait dans ce sens et vous invite non pas à l’affliction mais à l’action.

 

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