« Faut que ça change. Quand on change tout s’arrange » écrivait Jean-Marie Bergère dans son édito d’Avril dernier en citant la chanson de Robert Charlebois.
Mais finalement, est-ce si grave de ne pas avoir de gouvernement ? Les lamentations médiatiques ont cherché à nous convaincre que la France était dans la pire des crises, que ces 51 jours sans Premier ministre empêchaient les citoyens d’agir, tandis qu’ils s’épanouissaient dans la belle réussite des Jeux Olympiques et Paralympiques. Lors d’une récente réunion de l’équipe de rédaction de Metis, nous nous souvenions en souriant que la situation économique de la Belgique n’avait jamais été aussi prospère que durant ses 571 jours… sans gouvernement !
Ce n’est pas le lieu d’ajouter un commentaire aux commentaires après ce que Alain Lipietz qualifie de « double catastrophe des élections européennes en France : le bond en avant de l’extrême droite (38,8 % dont 31,4 % pour le RN), l’effondrement d’Europe Écologie Les Verts (5,5 %) » (AOC du 13 juin). Ce n’est pas non plus le lieu de donner des « consignes de vote » pour ces élections législatives précipitées. Je me souviens néanmoins que Metis Europe a été créé il y a maintenant une quinzaine d’années pour contribuer aux échanges entre pays européens, persuadés que nous avions à apprendre les uns des autres et que ce qui nous rapprochait, et qui ne demandait qu’à grandir, était le plus important.
Nous ne sommes pas d’accord sur grand-chose, mais unanimes pour « que ça change ». Robert Charlebois chantait : Faut que ça change Quand on change change change Tout s’arrange. Quelques années auparavant, en 1956, Boris Vian dans sa très actuelle Complainte du progrès, se montrait moins volontariste : Maintenant, c’est plus pareil Ça change, ça change.
Moi je suis née à la campagne et j’aime bien l’odeur du fumier, ce qu’il en restait dans le lait qui venait juste d’être trait, mousseux et un peu rude. Évidemment cela ne se fait plus, le lait part directement par de gros tuyaux dans des citernes énormes, puis dans des usines.
En ce début d’année 2024, l’actualité est d’abord internationale. Il ne faut pas en déduire que cela ne nous concerne pas tant les conséquences d’évènements lointains se diffusent immédiatement à la mesure des multiples connexions matérielles, historiques et culturelles entre régions du monde. C’est vrai des guerres quand les belligérants promettent qu’elles vont durer longtemps. C’est vrai des défis écologiques qui mettent en cause, très directement, les activités humaines au premier rang desquelles celles de production de biens et de services, et donc le travail.
On attendait la peau douce, et on a eu le langage.
L’autre matin, un humoriste lançait à la radio un avis de recherche, les bonnes nouvelles ont disparu. Il s’en désolait pour nous et pour lui-même, rémunéré qu’il est pour nous faire rire, ou au moins sourire, à l’aube d’une journée de travail. Ce qui, n’en doutons pas, est plus facile lorsque l’actualité est légère ou pourquoi pas carrément amusante. Triste constat dans ce monde en surchauffe climatique et idéologique, les guerres, les attentats et les tremblements de terre rivalisant lorsqu’il s’agit de dénombrer les morts.
Tout le monde en convient. Il a fait très chaud cet été. Le dérèglement climatique est au cœur de nombreux articles, livres et autres interventions (« dérèglement » et pas « effondrement » ce qui, s’agissant du climat, ne veut rien dire !).
Le Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, Thibaut Guilluy, a rendu son rapport après plusieurs mois de travail dans le cadre d’une mission de « Préfiguration de France Travail ». Critiquant la position « d’opérateur isolé » qui serait actuellement celle de Pôle emploi, le rapport préconise de faire de France Travail un « animateur d’écosystème » au sein duquel les Missions locales deviendraient France Travail Jeunes et Cap Emploi, France Travail Handicap. Conjointement, il décrète la mobilisation des entreprises. La proposition #85 : « Passer de 70 000 à 150 000 entreprises activement engagées sur les programmes d’inclusion » donne la mesure de cette ambition.
Deux choses que nous faisons tous dans la vie ordinaire. Et tous les jours, et tout au long de la vie. Avec bien sûr des dominantes : apprendre en travaillant ou travailler pour apprendre lorsque l’on est élève ou étudiant. Travailler sans apprendre lorsque l’on exerce un métier répétitif. Ou un travail que l’on n’aime pas ou plus, et dont on aurait plutôt envie de se débarrasser (penser au refus de l’âge de départ en retraite à 64 ans). Ou bien apprendre en ayant un emploi, en travaillant, parce que chaque jour il y a des situations nouvelles, des problèmes nouveaux à résoudre. Ou parce que l’entreprise dans laquelle on travaille s’est organisée pour être apprenante, pour favoriser les occasions d’apprendre par la mobilité, par la prise de responsabilité, par le dialogue aussi.
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