Chroniques
François Ruffin, la gauche et le travail
« Ça parlait – De la Picardie – Et des roses – Qu’on trouve là-bas… » Déjà empreinte de nostalgie lorsqu’Yves Montand l’interprétait en 1980, cette chanson – Dansons la rose – paraît d’autant plus vieillie que les roses politiques, celles que le parti socialiste portait au poing, semblent être définitivement fanées, qu’elles proviennent de Picardie, du Nord, de l’Est et même d’une partie du Sud de la France. Le « peuple de gauche », pour parler comme dans les années 1970, c’est-à-dire cette alliance politiquement féconde des ouvriers, des employés, des enseignants et des intellectuels est désormais plus difficile que jamais à rassembler.
Ordonnances Travail de 2017 : quel bilan ?
Quel bilan peut-on tirer des ordonnances Travail ? Au-delà des travaux du comité d’évaluation des ordonnances pilotée par France Stratégie dont le rapport a été rendu public fin 2021, la journée d’étude organisée par l’IRES et l’ISST le 23 septembre dernier, rassemblant chercheurs, syndicalistes et praticiens, visait à rendre compte et mettre en débat les résultats de recherches menées sur les effets des ordonnances sur les négociations de branche et d’entreprise ainsi que sur l’activité des instances de représentation du personnel. Si le déclin auguré des premières par la remise en cause de la hiérarchie des normes n’est pour l’heure pas au rendez-vous, on assiste à une amplification du mouvement de recentralisation des instances de représentation du personnel, qui interroge l’amélioration attendue de la qualité du dialogue social.
Capital humain et productivité ; les responsabilités du système d’éducation et de formation
Au moment où une réforme des lycées professionnels est en chantier et que le nouveau ministre réfléchit à un projet d’ensemble concernant le système éducatif, une récente note du Conseil d’analyse économique (CAE) apporte un éclairage intéressant sur les responsabilités du système d’éducation et de formation dans la baisse de la productivité du travail en France, notamment par rapport à l’Allemagne et aux États-Unis (« Cap sur le capital humain pour renouer avec la croissance de la productivité » Note du CAE, n° 75, Septembre 2022, Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Straer).
Assurance-chômage, saison 2 : une réforme à double fond
Pour une part, la loi portant réforme de l’assurance chômage qui vient d’être adoptée ne fait que reconduire celle de 2019, dont la mise en œuvre a buté d’abord sur la crise sanitaire, ensuite sur quelques déconvenues juridiques. Mais pour une autre elle va beaucoup plus loin, dans deux directions : celle de « l’activation » des chômeurs, en réponse aux difficultés de recrutement ; celle de la reprise en main par l’État d’un régime dont la gestion n’aura bientôt plus de paritaire que le nom. Est-ce bien à la hauteur des enjeux ? Transition écologique, souveraineté économique, modèle de consommation, l’heure est à de vastes recompositions, où l’assurance chômage aurait pu se voir confier un autre rôle que celui de régulateur de court terme du marché du travail. A fortiori si les chocs en cours repoussent comme c’est probable la perspective du plein emploi.
L’entreprise : une affaire de société
En 1990, Renaud Sainsaulieu publiait L’entreprise, une affaire de société. Dans l’introduction de ce livre collectif, il écrivait : « l’entreprise est en passe de prendre rang parmi les grandes institutions de notre époque, après l’Église, l’armée, la justice, l’école, la commune, l’Université. Ce qui se vit en entreprise est trop chargé de conséquences économiques, sociales et culturelles pour n’y voir qu’un pur appareil de production ». L’entreprise a une responsabilité particulière, celle d’inventer « des rapports humains fondés sur plus de reconnaissance, de reliance et de réflexivité ». Il parle d’un défi, celui de les faire évoluer « vers une légitimité sociale d’institution intermédiaire comme organisme fondateur de vie collective dans les sociétés contemporaines ».
Social demain
Denis Maillard et Philippe Campinchi, fondateurs du cabinet de conseil en relations sociales Temps Commun, ont lancé www.socialdemain.fr, une initiative collective visant à identifier une nouvelle génération de moins de 35 ans capable de questionner le modèle et les frontières du social. Objectif : offrir à ces « young leaders » du social un programme de développement qui rend le social désirable, bouscule les idées, les pratiques actuelles et invente les nouvelles frontières des relations humaines au travail.