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Le déclin syndical paraît sans fin. Dans le monde industriel, il n’y plus guère de pays, à l’exception peut-être de la Belgique, où il ne soit enrayé. Les pays nordiques n’y échappent pas, le modèle allemand non plus. En ce qui concerne la Communauté, la crise favorise un repli national généralisé, y compris chez ceux (Italie, Espagne) qui traditionnellement étaient les plus europhiles. Aujourd’hui, suprématie de l’économique et du budgétaire oblige, la confédération européenne des syndicats, à l’instar de la dimension sociale de l’UE, a quasiment disparu de la carte du jeu européen. Derrière ces constats, des tendances lourdes sont à l’œuvre que Metis a déjà abondamment abordées et commentées. Revenons sur trois d’entre elles.

La grande entreprisation du monde
Ici il s’agit d’une part de la conquête par le marché de sphères jadis peu ou non marchandes : services aux personnes, services publics, éducation, culture…. Mais il s’agit aussi de l’influence de très grandes entreprises mondialisées qui, de par leur puissance, s’extraient en large partie des régulations classiques. Les bastions syndicaux sont devenus largement dépendants de ces évolutions et les syndicats d’entreprises, surtout des plus grandes, ont pris le pas sur les autres formes d’organisation territoriales, sectorielles ou professionnelles. La décentralisation de la négociation collective, menée bon gré mal gré, marque désormais une large partie des pays industriels et n’a fait que renforcer le phénomène. Or parallèlement à ce processus, l’externalisation a explosé. Le paysage syndical aujourd’hui ressemble fort à celui de nos villes et de nos banlieues : d’un côté un cœur bien aménagé, de l’autre des périphéries en friches. Et l’on sait ici combien les politiques de la ville ne réussissent au mieux qu’à soigner sans guérir.

La globalisation
Il ne s’agit pas ici que de la mondialisation mais de tout ce qui va avec et notamment de la globalisation des questions et des enjeux, en particuliers sociaux. On le voit avec les agendas du dialogue social : ceux-ci s’élargissent à des questions sans cesse plus variées, plus composites, mais aussi de moins en moins proposées et maîtrisées par l’acteur syndical. Le management est à la manœuvre, instrumentalisant un dialogue social vidé de ses finalités premières. Ce renversement s’accompagne d’un élargissement des parties prenantes en cause sans que pour autant se recomposent les périmètres de la discussion et de la négociation. La jonction entre les intérêts du travail et des territoires, de la production et de la consommation, de la protection et de l’innovation ne s’est pas opérée. Résultat : l’acteur syndical, et le dialogue social au sens classique du terme, ne joue plus qu’aux marges, sur des terrains courts, trop courts.

L’institutionnalisation
Ici réside un autre paradoxe des évolutions actuelles. Les succès passés du syndicalisme ont permis son institutionnalisation dans de très nombreux pays, et notamment en Europe. Mais celle-ci n’est soutenable que si le syndicalisme reste en capacité de représenter les travailleurs dans leur diversité. Or cette diversité est de moins en moins au rendez-vous : qu’on l’observe sous l’angle des générations, de l’appartenance ethnique, du statut des emplois, du type d’activités ou d’entreprises représentées, le décalage est à la fois patent et grandissant. Le syndicalisme devient alors partie du système, dans lequel une partie croissante de la population ne se reconnait plus ou pas.

 

Ce n’est peut-être pas la fin du syndicalisme qui s’annonce. Mais plus sûrement celle de sa dualisation. A l‘image du monde qui s’installe. La science-fiction – celle de Jean-Christophe Rufin avec Globalia ou celle plus cinématographique de Matt Damon et Jodie Foster dans Elysium – est souvent plus fiction que science. Mais ici ….
Le syndicalisme est sans doute « dépassé ». Cela n’a rien à voir avec l’énergie admirable de celles et ceux qui s’y consacrent. Mais il y a urgence à changer de modèle. Les évolutions du monde rendent urgentes ici quelque chose qui soit plus qu’un aggiornamento. Le syndicalisme d’aujourd’hui n’est pas fermé aux innovations sociales. Mais ce chantier, pour ne pas servir d’alibi, doit être beaucoup plus vaste, s’ouvrir à beaucoup d’autres et conduire, dans le sens positif du terme, à son propre dépassement.

 

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