Les articles de Jean-Marie Bergère
Directeur d’une Agence régionale de développement économique de 1994 à 2001, puis de l’Association Développement et Emploi, devenue ASTREES, de 2002 à 2011. A la Fondation de France, Président du Comité Emploi de 2012 à 2018 et du Comité Acteurs clés de changement-Inventer demain, depuis 2020. Membre du Conseil Scientifique de l’Observatoire des cadres et du management. Consultant et formateur indépendant. Philosophe de formation, cinéphile depuis toujours, curieux de tout et raisonnablement éclectique.
En 2015, une jeune journaliste, Inès Léraud, part en Bretagne enquêter sur les maladies professionnelles d’agriculteurs et d’ouvriers agricoles. Des pesticides seraient en cause. Très vite une autre actualité la rattrape. Malgré les alertes multiples et les PLAV, Plans de lutte contre les algues vertes qui se succèdent depuis 2010, ces algues prolifèrent dans plusieurs baies peu profondes proches de Saint-Brieuc. Elles représentent un risque mortel pour les animaux et les hommes.
Le conflit à propos de l’âge de départ en retraite a paradoxalement révélé l’urgence de poser collectivement la question du travail, son organisation, ses conditions d’exercice, le sens qu’il peut prendre pour chacun. L’engagement d’Alain Alphon-Layre pour qu’un débat ait lieu sur ces questions est plus ancien. Il a porté les « questions du travail » tout au long d’un parcours militant et pendant une dizaine d’années au sein de la direction nationale de la CGT, à l’intérieur de la Confédération syndicale comme à l’extérieur. Il publie aujourd’hui Et si on écoutait les experts du travail ? Ceux qui le font.
Le Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, Thibaut Guilluy, a rendu son rapport après plusieurs mois de travail dans le cadre d’une mission de « Préfiguration de France Travail ». Critiquant la position « d’opérateur isolé » qui serait actuellement celle de Pôle emploi, le rapport préconise de faire de France Travail un « animateur d’écosystème » au sein duquel les Missions locales deviendraient France Travail Jeunes et Cap Emploi, France Travail Handicap. Conjointement, il décrète la mobilisation des entreprises. La proposition #85 : « Passer de 70 000 à 150 000 entreprises activement engagées sur les programmes d’inclusion » donne la mesure de cette ambition.
Le 21 juin 2023 Marylise Léon succèdera à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT depuis un peu plus de 10 ans. Succession annoncée, préparée, « dans la continuité », au moment où la CFDT a recruté 43 000 nouveaux adhérents ces derniers mois marqués par l’opposition de l’intersyndicale à la réforme gouvernementale des retraites. En juillet 2018, Marylise Léon avait reçu Jean-Marie Bergère pour un « entretien dense et amical » pendant lequel elle avait évoqué son parcours, ses valeurs, le syndicalisme. Nous avons le plaisir de republier son interview.
Parallèlement à la réforme des lycées professionnels et au développement de toutes les formations en alternance, les Actions de formation en situation de travail (AFEST) poursuivent leur mise en place. Elles privilégient le caractère expérimental de ce qui se veut plus qu’une modalité pédagogique supplémentaire. Nous avions rendu compte de l’expérimentation nationale conduite par la DGEFP entre 2015 et 2018. Un nouveau travail de capitalisation, nourri par l’analyse monographique d’expérimentations menées par huit OPCO en région Hauts-de-France, prolonge les réflexions sur les conditions et « la diversité des chemins d’implémentation ».
Au moment où les grandes surfaces annoncent ouvrir des rayons « seconde main » pour y vendre des « produits électroniques, textiles, de bricolage, des vélos, des bijoux, des sacs de luxe », produits qu’ils ont généralement payés en bons d’achat, où les ventes en ligne de tout ce qui peut se vendre d’occasion, de la voiture au canapé défraichi en passant par les vêtements continuent de croître rapidement, il est bon de se souvenir que les diverses structures d’insertion par l’activité économique (SIAE), ont été et sont encore souvent pionnières dans ce domaine.
C’était il y a un peu plus de cinquante ans. En France, les accords de Grenelle puis les élections législatives de juin ont refroidi « l’explosion utopique » du mois de mai 1968. Décidés à « continuer le combat » en y associant plus étroitement la classe ouvrière, des militants parmi les plus politisés se font embaucher en usine. Robert Linhart, normalien, agrégé de philosophie, est l’un d’eux. Il « s’établit », selon l’expression de l’époque et conformément à un appel de Mao Tsé-toung pour que les intellectuels, qui sont « appelés à servir les masses ouvrières et paysannes » aillent, pour les comprendre, vivre la vie de ces dernières — « par exemple deux ou trois ans voire plus ». Le film de Mathias Gokalp, L’établi, raconte son aventure de quelques mois dans l’usine Citroën de la Porte de Choisy à Paris.
Le concept de « société de consommation » questionnait notre propension à faire de la possession des choses le principe et la finalité de nos vies. La consommation est simultanément, et souvent contradictoirement, vue sous des angles différents. L’un d’eux est économique. Consommer est une question de prix et de pouvoir d’achat. Un autre est utilitaire. L’objet qui me rendrait service est-il disponible ? Des considérations politiques, éthiques et écologiques peuvent intervenir, comme lorsque nous décidons de ne plus consommer d’aliments carnés. Le livre d’Anthony Galluzzo en explore la portée symbolique. Il retrace les grandes étapes de « notre conversion à la consommation » qui a fait « des objets et des pratiques de consommation les dispositifs centraux de la définition et de la mise en scène de soi ».
La Justice restaurative propose à des personnes, victimes et auteurs d’infractions, de se rencontrer et de dialoguer. C’est si loin de « la passion de punir » (Didier Fassin : Punir, une passion française. Le Seuil 2017) et de la tentation symétrique de ressasser sans fin la violence dont on a été victime, que, sans doute, « la société va détester », comme l’affirme le personnage de Denis Podalydès, en charge de la formation des Conseillers Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (CPIP). Le film de Jeanne Herry, Je verrai toujours vos visages, précis et émouvant, nous permet de saisir la portée et l’originalité de cette Justice complémentaire de la justice pénale et inscrite dans la loi française depuis 2014.
Isabelle Berrebi Hoffmann, directrice de recherche au CNRS (Lise-Cnam) et Quentin Chapus, maître de conférences en économie à Sciences Po Bordeaux, ont publié récemment un important article intitulé « Des luttes éthiques aux luttes sociales » (Revue Réseaux-La Découverte). Il porte sur les mouvements de contestation menés aux États-Unis par des salariés des GAFAM de 2015 à 2021. Ils répondent aux questions de Jean-Marie Bergère pour Metis.
Charger les articles suivants