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Qui se propose de passer de 500 000 à 700 000 apprentis au bout d’un quinquennat ? Qui veut assurer une « formation de qualité sur les savoirs de base » afin de lutter contre l’illettrisme ? Le Front National français qui vient de franchir une nouvelle et inquiétante étape dans son enracinement électoral. Qui veut développer l’apprentissage comme alternative à l’enseignement supérieur et travailler à la qualification des tuteurs ? L’UKIP britannique, qui se propose aussi de réduire l’échec scolaire de 50% ! Ce ne sont bien sûr que des extraits mais les programmes socio-économiques de ces partis recèlent des dispositions qui les rendent audibles voire crédibles, tant sur certains points ils empruntent à leurs adversaires ! Comment réagir alors que les élections récentes ou à venir dans de nombreux pays européens ont fait ou devraient faire la part belle aux forces qui se situent à la droite de la droite ?

 

Qu’un premier ministre français exprime publiquement sa peur n’est pas anodin, quels que soient les calculs politiques qui l’accompagnent. Et si dans d’autres pays, la peur n’est pas officialisée, la nervosité des partis classiques de gouvernement est devenue palpable tant ils se sont montrés incapables à ce jour d’enrayer la montée de tendances plus que nocives.

 

En matière économique, beaucoup de ces forces extrêmes prétendent à la fois réduire les impôts, taxer plus fortement les bénéfices des grands groupes et des multinationales tout en soutenant beaucoup plus fortement les PME et PMI. L’UKIP britannique, lui, se dit prêt à exonérer d’impôt sur le revenu ceux qui ne gagnent que le salaire minimum. Le parti des Vrais Finlandais de son côté veut inciter les entreprises à se montrer plus responsables envers les individus comme envers les territoires. Ce n’est pas tout ! Le FN et plusieurs de ses alliés indiquent vouloir revenir sur les politiques de libéralisation dans les services publics et ce dans les domaines de la santé, des transports, de l’eau ou de l’énergie.

 

Enfin en matière de politiques du travail, si le pouvoir syndical est parfois stigmatisé, beaucoup de ces forces à l’instar du FN ou de la Ligue du Nord italienne célèbrent une certaine éthique du travail et insistent sur le maintien ou le développement de l’Etat-providence – voire la non abrogation des 35h du côté du Front National – prenant ainsi par la gauche de nombreux partis sociaux-démocrates au pouvoir.

 

Tout cela ne doit pas masquer leurs nombreuses différences et divergences ni la rhétorique xénophobe et anti UE qui les rassemblent : valeurs menacées, immigration incontrôlée, souveraineté amoindrie du fait de l’Europe et de la globalisation, leur font prôner des mesures excluant nombre d’étrangers, y compris européens, des dispositions en matière d’emploi ou de protection sociale.

 

Il n’empêche : au discours national s’est ajouté aujourd’hui un discours social que ne renieraient sur certains points ni partis de gauche ni syndicats. Quand, sur les chantiers navals de Saint-Nazaire, le FN ose défier la CGT sur les questions de lutte contre les trafics de main d’œuvre et de défense des salariés détachés, c’est bien que les thèmes, quand ce n’est pas les hommes, sont devenus perméables… La forte montée du vote FN dans les territoires ouvriers, à commencer par ceux de l’Est et du Nord de la France, en est un autre signe fort.

 

Face à cela, l’on peut évidemment continuer à stigmatiser, faire la politique de l’autruche, dénoncer les impostures, les incohérences. Mais force est de constater que cela n’a pas marché et que la pensée sociale-nationale a le vent en poupe. Ce qui est en cause ici c’est une nouvelle lecture de la société, de l‘économie, du vivre ensemble, comme le montre par exemple le débat français sur la laïcité. Il s’agit désormais de livrer un combat idéologique de grande ampleur que la crise n’a pas – encore ? – permis d’engager. Sans nouvelle pensée et nouveau discours social dignes de ce nom, sans pratiques de terrain énergiques et novatrices, nous continuerons à nous payer de mots. Qui ne font pas, ou plus, le poids.

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