Les articles de Jean-Marie Bergère
Directeur d’une Agence régionale de développement économique de 1994 à 2001, puis de l’Association Développement et Emploi, devenue ASTREES, de 2002 à 2011. A la Fondation de France, Président du Comité Emploi de 2012 à 2018 et du Comité Acteurs clés de changement-Inventer demain, depuis 2020. Membre du Conseil Scientifique de l’Observatoire des cadres et du management. Consultant et formateur indépendant. Philosophe de formation, cinéphile depuis toujours, curieux de tout et raisonnablement éclectique.
Le film de Mariana Otero en hommage à Gilles Caron, photojournaliste disparu au Cambodge en avril 1970 à l’âge de 30 ans, est beaucoup plus que « l’histoire d’un regard ». C’est une histoire de regards au pluriel, de regards qui se croisent, s’étonnent, se répondent, s’obligent. Le regard du photographe bien sûr, celui de la réalisatrice qui a raconté dans un film précédent (Histoire d’un secret) la mort de sa mère à l’âge qu’avait Gilles Caron au moment de sa disparition et enfin le regard de chacune des personnes photographiées.
Je ne suis pas expert en communication politique et il se trouvera sans doute un membre de cette « profession » pour expliquer qu’on ne réforme pas sans afficher de grandes ambitions et que pour occuper une parcelle de l’espace médiatique, il faut frapper fort. Le président en exercice des Etats-Unis d’Amérique a mis la barre très haut, mais en Europe aussi des propos modérés présentant des mesures modestes risquent de passer inaperçus. Ce qui à défaut de nuire à l’efficacité de ces mesures serait sans doute préjudiciable à la réputation de réformateur de leurs auteurs. Du point de vue de cette « nécessaire emphase », la « Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel » est tout de même un cas d’école.
Le film de Ladj Ly se conclut par une phrase tirée des Misérables, le best-seller de Victor Hugo publié en 1862 : « Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs ». La référence à Victor Hugo pourrait être écrasante. Elle s’impose plutôt tant, 150 ans plus tard et à partir d’évènements différents, les mêmes convictions animent les deux créateurs. Celle que « l’instruction, l’accompagnement et le respect de l’individu sont les seules armes de la société qui peuvent empêcher l’infortuné de devenir infâme » et celle qu’un livre ou un film peuvent être d’utiles plaidoyers et d’efficaces cris d’alarme.
« Pour l’insertion par l’activité économique, nous porterons à 240 000 le nombre de contrats, il y en a aujourd’hui 140 000 », Emmanuel Macron le 13 septembre 2018.
Le regard de Ricky démarrant en trombe au volant de sa camionnette nous poursuit longtemps après la fin du film. Comment qualifier ce qui l’anime ? Détermination, obstination, entêtement, désespoir, folie ? L’interrogation ne nous laisse pas tranquille. Ricky se bat pour rester dans la communauté humaine. Notre monde serait-il devenu à ce point inhospitalier que ce combat ordinaire ne puisse être mené qu’au prix de la destruction de ce à quoi il tient, pour lui et sa famille ?
L’Etat providence aurait fait son temps. Pour certains, il serait « la source de cette immobilité, de ces rigidités qui empêchent la France de s’adapter à son époque et dont les corps intermédiaires sont la plus pure expression ». Il faudrait urgemment détricoter les institutions qui font obstacle à la mobilité d’individus « libres de choisir leur vie . D’autres, plus ambitieux, souhaitent rendre le social à nouveau « désirable » et confient cette tâche à une « nouvelle génération de moins de 35 ans capable de questionner le modèle et les frontières du social ». Dans Politiques De la vulnérabilité, Marie Garrau contribue en philosophe à cette réflexion.
Franck travaille dans une entreprise de fret maritime. Il est alerté en pleine nuit : un problème grave risque de retarder un cargo. Les denrées transportées sont périssables. L’équipage est en émoi. Il doit décider vite.
Yves est un frigo. Plus exactement un fribot, un frigo intelligent. Il parle et répond aux questions, normal qu’il ait un prénom. Jerem est un rappeur. Idéaliste et poète plus que showbizz. Il s’est isolé dans une maison en complet désordre pour composer ce qui doit être son premier disque et peut-être son premier succès...
Le 19 juin, se tenait à Paris le 7e Printemps de la Prospective, organisé par la Société Française de Prospective. L’occasion de faire le point sur notre présent, de débattre de ce dont il est gros et de futurs, redoutables aussi bien que souhaitables. Jean-Marie Bergère y assistait.
Le dernier livre de Pierre Rosanvallon Le Bon gouvernement poursuit l'enquête sur la vraie vie des démocraties, celle qui apparaît lorsqu'on ne les réduit pas à l'élection à intervalle régulier de ceux qui vont légiférer et gouverner. Mettant de côté les corps intermédiaires, l'invisibilité des vies ordinaires (Metis raconter la vie. Sept 2014) ou les idées d'égalité et de singularité, il s'interroge cette fois sur le pouvoir exécutif et plus précisément sur ce qui fonde le sentiment de nombre de nos concitoyens d'être « mal gouverné ».
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