Dans quelles langues travaillez-vous ?

Un gros travail de recherche et d'enquête vient d'être réalisé dans le cadre du programme européen IR MultiLing. Coordonné par Silvie Contrepois, six pays ont été étudiés du point de vue de leur situation en matière d'immigration, de leur politique linguistique et des études de cas d'entreprises ont été réalisées. Danielle Kaisergruber a lu pour Metis Industrial relations in multilingual environments of work (octobre 2016).

La surface de réparation

Frank sait tout faire. Comme ces nouveaux concierges qui s'installent en entreprise, dans les quartiers ou les villages, il peut nourrir l'animal de compagnie en l'absence du propriétaire, trouver in extremis un cadeau pour le père négligent qui part fêter l'anniversaire de son fils, accompagner chez un garagiste disponible, faire la chasse aux substances interdites et remettre sur pieds avant l'aube le mari infidèle. L'éventail de ses activités est très large, ses horaires à rallonge. Frank ne peut rien refuser ni à son unique client, le Président d'un Club de foot professionnel, ni aux « bénéficiaires » de ses services, les joueurs de ce même club.

La religion au travail ?

Denis Maillard vient de publier un livre percutant et profond, Quand la religion s'invite dans l'entreprise (Fayard, 2017). À partir de nombreuses enquêtes de terrain, de remontées d'expérience, il inscrit l'analyse de la montée des revendications religieuses sur les lieux de travail dans la perspective plus vaste des changements du travail lui-même et de la place qu'y tiennent les subjectivités.

Quand le langage nous travaille : de la langue de bois à la langue de coton

Cela fait bientôt quatre siècles, depuis l'an 1625 exactement, que nos gouvernants et chefs d'entreprise nous échauffent ou nous refroidissent avec la réforme. Mais cela va beaucoup mieux depuis que j'ai appris, grâce à l'opuscule de Pierre Jullien, que ce mot signifie « le rétablissement de l'ancienne discipline dans une maison religieuse ». Comme par ailleurs, il m'indique que le verbe « réformer », dérivé du latin reformare, signifiait au XIIe siècle « rendre à sa première forme », « ramener à sa forme primitive », je comprends mieux qu'à force de « réformer » le Code du travail, on va finir par rétablir les rapports sociaux dans l'état où ils étaient avant l'invention du bienheureux salariat.

Le travail, parlons-en !

Le dossier de Metis Travail et langage évoque à la fois le rôle du langage, et des langues, dans le travail, mais aussi les mots et les manières de parler du travail. En 2017, la CFDT a titré « Parlons-travail » sa grande enquête. D'où la reprise de cet article de Jean-Marie Bergère publié en 2013, qui n'a rien perdu de son actualité et témoigne de ce qu'il n'est pas si facile de parler du travail :

La Présence idéale d’Eduardo Berti auprès des soignants du CHU de Rouen

De quelle présence l'écrivain argentin Eduardo Berti nous entretient-il dans son dernier roman ? La présence auprès de leurs patients de ces soignants du CHU de Rouen qu'il a observé durant plusieurs semaines ? On a successivement affaire à des médecins, des infirmières, des internes, des brancardiers, des aides-soignantes, des psychologues et même une lectrice bénévole.

Comprendre pour « faire avec » les vulnérabilités au travail

Depuis les années 1980, la problématique des vulnérabilités n'a cessé de monter en puissance dans des sphères aussi différentes que les politiques publiques, la santé, l'environnement, la gestion des risques, mais aussi l'entreprise, le management, la finance. Le lien étroit et fort entre les vulnérabilités et leurs contextes et environnement doit interpeller la gestion des ressources humaines dans les entreprises. Voici le résumé du dernier manifeste d'Entreprise&Société consacré aux vulnérabilités dans le travail.

Numéro Une

Étrange démonstration que celle proposée par Tonie Marshall. Emmanuelle Blachey, pas encore quarante ans, est une femme comblée. Membre du Comité de direction d'une entreprise industrielle, polytechnicienne, souriante, elle a l'oreille de son patron. Elle seule parle couramment chinois, avantage incomparable pour s'imposer sur un marché stratégique. Cette position suscite quelques jalousies et quelques piques, mais une courtoisie de bon aloi les rend supportables. Certes, Emmanuelle travaille beaucoup, mais elle prend le temps d'accompagner son fils à l'école, de rendre visite à son père hospitalisé et d'embrasser son mari, lui-même très occupé et souvent en déplacement.

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